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 Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]

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Wang Li Mei
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MessageSujet: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Dim 29 Nov - 19:34

Le soleil du matin éclairait froidement les jardins du Palais de Sizheng et, en leur sein, brillait d'un éclat blanc à la surface de son lac artificiel. C'était l'hiver et un froid mordant brûlait la peau diaphane de la Petite Reine de Sizheng. Celle-ci s'était accordé un instant de paix au cœur de la tempête administrative qui faisait rage à la Cour; Liu Biu étant rentrée dans une grande crise de « Argh, régularisons le système des pensions » et ne sortant de son bureau que pour lui transmettre une montagne de documents à lire et à signer. Ca ne faisait pas de mal aux vieux grippe-sous de son entourage de devoir travailler pour gagner leur croûte, mais cela provoquait un tumulte sans nom.
Cela lui paraissait pourtant logique à la souveraine qu'en tant de paix, il soit attendu des lettrés qu'ils écrivent des traités et des hommes de guerre qu'ils fassent respecter les lois et reconstruisent ce que leurs actes avaient détruit. Son avis n'était bien sûr partagé par personne; ni par ceux qui avaient soutenu sa trêve, amoureux de l'oisiveté; et encore moins par ceux qui avaient reprouvé son geste, voulant retourner au combat.

La jeune Li Mei remuait donc ses sombres pensées près du lac d'émeraude, observant les carpes aller et venir sous les flots clairs. Son visage n'exprimait rien de son trouble. Une dame de compagnie et trois gardes étaient à ses côtés, nerveux sous leurs armures. Une tentative d'assassinat avait échoué quelques jours auparavant; et le criminel avait réussi à s'empoisonner avant qu'on ne l'interroge. D'autres gardes étaient disséminés aux alentours, surveillant discrètement l'adolescente. Celle-ci avait horreur de cette protection, et avait longtemps tenu bon face aux conseillers qui la suppliaient de choisir un garde du corps. L'armée regorgeait de généraux loyaux et fidèles, pourquoi ne formait-elle pas la Garde Rapprochée dont elle avait évoqué l'idée quelques semaines plus tôt ? Ne devrait-elle pas choisir un garde du corps, parmi ces hommes de confiance ? Et ne serait-il pas grandement temps... de trouver un époux ?
La mention du mariage avait été radicale; Li Mei avait coupé court à la conversation, élevé une main univoque devant les demandes désespérés de donner un héritier au trône et avait boudé ses ministres trois jours durant. Mais leurs craintes avaient atteint les oreilles de la jeune femme; et elle y avait encore une fois vaguement, vainement réfléchi. Elle ne voulait épouser personne d'autre que son royaume ou son peuple. Mais il lui faudrait tôt ou tard donner naissance à un futur Roi, ou une future Reine, pour la pérennité du Royaume ou du Peuple suscité. Cette idée lui faisait peur; elle ne voulait pas appartenir à un homme. Elle avait souvent vu pleurer les concubines de son père, ou certaines jeunes épouses; quant à l'accouchement, les cris qui résonnaient dans le couloir à ces occasions lui glaçaient le sang.

La jeune femme préférait cent fois le champ de bataille à la vie maritale. Il lui faudrait bien pourtant y faire face un jour ou l'autre, mais tant qu'elle pouvait éviter, elle le ferait. Le vent se leva; Li Mei frissonna et sa suivante lui tendit diligemment une couverture. Elle la remercia avec un sourire puis l'envoya chercher du thé et une collation pour ses messieurs. Les poissons flottaient toujours, calmes et tranquilles bestioles bien loin de ses préoccupations sordides. On voulait la tuer, on voulait la marier... Peut-être la deuxième option était au fond, la pire. La marier, l'enchaîner... Bien qu'elle ne voulait pas croire en l'amour, elle voulait tout de même épouser un homme qu'elle aurait choisi, pas un que les conséquences lui auraient imposé. Et puis, les lois de Sizheng étaient tout de même plus clémentes envers les femmes seules que les femmes mariées; une chose que Li Mei n'avait pas encore osé changer, de peur de provoquer une révolte.

Du coin de l'œil, la Reine aperçut une forme noire qui sortait des galeries entourant les jardins. Elle leva la tête et reconnut un de ses Généraux, alors que les divers soldats postés le saluaient respectivement (il faudrait d'ailleurs songer à avertir celui caché dans les fourrés qu'il venait de griller sa couverture). La compagnie de Lai Yao Shih était connue pour être particulièrement déprimante, mais bizarrement, Li Mei l'aimait bien. Toutes les femmes du Palais l'aimaient bien, et les dernières rumeurs les rendaient toutes hystériques. On disait qu'il allait chercher à prendre épouse, pour tromper l'ennui de la trêve. Bien heureuse celle qu'il choisirait ! Car il était riche, beau et cultivé; sans être prompt à la beuverie ou à la violence inutile comme le sont bon nombre de guerriers.
La reine lui fit alors signe de venir vers elle, en lui souriant. Une brusque envie de jouer au mahjong lui chatouillait les doigts.
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Lai Yao Shih
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MessageSujet: Re: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Dim 29 Nov - 21:18

Après sa séance d’entraînement du matin, Yao Shih retournait à sa demeure comme à l’habitude. Le temps était splendide, quoique légèrement frais. Après avoir eu largement chaud en combattant, la brise qui traversait ses vêtements le faisait frissonner. Chez lui, il prit le temps de se laver avant d’enfiler des vêtements propres. N’ayant pas de femme pour s’occuper de l’entretien de sa demeure et pour lui préparer à manger, il avait pris à son service une gouvernante qui s’occupait de tout pour lui. Ils ne parlaient presque jamais ensemble, mais Yao Shih la traitait bien et était mieux payé que la plupart des femmes dans la même condition qu’elle.

Il était à moitié habillé lorsqu’on toqua doucement à la porte de sa chambre.

— Entrez.

Li Na entra dans la chambre et détourna aussitôt les yeux lorsqu’elle vit que son employeur était torse nu. Comme plusieurs femmes, elle trouvait le général particulièrement beau. Ce n’était pas parce qu’elle avait les cheveux grisonnants et son visage ridé qu’elle ne pouvait plus apprécier la beauté de la gent masculine.

— Un homme du palais est venu pour vous apporter un message. Je le pose sur la table basse, avec votre thé.

Elle s’inclina respectueusement qui quitta prestement la chambre. Yao Shih fini de s’habiller puis s’installa pour boire son thé dans la cour intérieure de sa maison. Son rang lui permettait de vivre confortablement dans une belle maison. Les portes du palais lui étaient ouvertes, mais il préférait éviter l’endroit le plus possible. Si un homme du palais était venu lui porter un message, c’est qu’on le convoquait. En prenant une gorge de son thé préféré, il ouvrit délicatement l’invitation. Ce qu’il vit le surprit. D’habitude, c’était les conseillers qui le faisaient venir pour discuter des effectifs de l’armée et autres sujets connexes. Cette fois, l’invitation venait de la reine directement. Avant de se présenter à elle, il devait être à son meilleur et devait, une fois n’état pas coutume, mettre des vêtements plus vivants que ceux qu’il portait présentement.

Il fini de boire son thé et se changea à nouveau. Lorsqu’il sortit de la chambre, Li Na faillit s’étrangler en le voyant dans ses nouveaux vêtements. Habituellement, il était tout en noir. Cette fois, il avait opté pour du rouge et du noir avec une touche de doré. Il portait bien en évidence ses armes d’apparat. Il était somptueusement habillé, sans être trop clinquant. En fait, il était habillé comme tous ceux qui avaient audience avec la reine.

— Ne me regardez pas ainsi. J’ai simplement audience… avec la reine.

Il s’empressa de quitter sa maison pour se diriger vers le palais, l’invitation bien en main. Avec les troubles actuels, l’accès y était encore plus difficile. Il était donc essentiel de prouver qu’on était bien invité. Yao Shih présenta la lettre aux gardes à l’entrée. Simple formalité pour lui, car on le connaissait bien, mais il ne voulait pas non plus profiter d’exceptions.

Ces derniers temps, il n’aimait pas trop se rendre en ces lieux. La rumeur c’était rependue comme de la poudre au vent qu’il cherchait maintenant une épouse. Donc chaque fois qu’il venait au palais, toutes les filles à marier s’arrangeaient pour croiser son chemin à un moment où a un autre, parfois même plusieurs fois. Les plus entreprenantes lui offraient toutes sortes de cadeaux, des babioles la plupart du temps. Une fois, l’une d’elles lui avait offert des feuilles de son thé préféré.

En voulant se marier, il ne cherchait pas à prendre la première venue. Non, il voulait une femme qui accepterait ses conditions. Yao Shih lui donnerait tout ce dont elle avait besoin et lui ferait même des enfants, mais jamais il ne pourrait l’aimer.

On lui indiqua que la reine était aux jardins. En y arrivant, il ne fut pas surpris de voir autant de monde qui la surveillait. Certains étaient bien en vu, d’autres tentaient de se cacher discrètement. Il avait bien dit TENTER, car il pouvait nettement l’apercevoir à travers les feuillages. Yao Shih s’approcha de la jeune reine et s’inclina respectueusement comme le voulait le protocole.

— Vous m’avez fait demander, ma reine?
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Wang Li Mei
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MessageSujet: Re: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Mar 1 Déc - 14:34

La Reine avait-elle fait mander Lai Yao Shih ? Elle ne s'en souvenait pas. Le nez délicat de la souveraine se fronça sous l'étonnement. Ses traits s'assombrirent devant cette surprise inattendue. Elle avait cru croiser le Général par surprise; mais il semblerait qu'on l'ait fait venir ici.

« Bonjour, Général Lai. Relevez-vous... » Dit-elle doucement, alors que son esprit repassait rapidement ses dernières décisions. Non, elle avait convoqué une assemblée des Généraux pour la semaine suivante; c'était sa seule action du dernier mois qui concernait le jeune guerrier. Mais alors, qu'était-ce que cette invitation ?
Elle devait en avoir le cœur net, et tant pis pour l'étiquette.

« Fang, passez-moi l'invitation du Général, je vous prie. »

Seule une Dame de Compagnie était censée pouvoir se charger de ce genre de taches, mais Ling était présentement occupée à préparer le thé – ou à crier sur ses propres suivantes pour qu'elles le fassent – et Li Mei se moquait pas mal , au fond, de l'étiquette. Le soldat s'exécuta, déposant le parchemin sur l'autre extrémité du banc sur lequel était assise Li Mei. Celle-ci attrapa prestement le rouleau et le lit rapidement, courant au cachet de cire, le sceau qui indiquait sa provenance.
Tout lui semblait en ordre; si n'était que le message n'était pas de sa main et que le sceau n'était pas le sien. C'était celui du Doyen des Ministres, qui partageait avec Liu Biu le privilège de pouvoir signer des documents au nom de la Reine. La première idée qui vient à la jeune fille fut de retirer ce privilège dès qu'elle mettrait les pieds hors de ses jardins. Elle se demanda ensuite la raison d'un tel acte, son visage ne trahissant plus rien de son soudain émoi.

« Oui, Général. Pardonnez-moi de vous avoir fait déranger pour une raison si futile... » Le parchemin disparut entre les plis du hanfu royal et un fin sourire vint éclairer le frêle visage de la jeune femme.
« … Mais les couloirs de cette charmante demeure ne résonnent que des rumeurs de vos prouesses au Mahjong. » C'était presque vrai. Tous les Généraux, depuis la trêve, s'étaient plus ou moins mis à la poésie, aux jeux d'adresse et de réflexion ou à boire – chacun suivant son caractère. Elle savait Yao Shih d'un tempérament ascétique et cultivé et ne le voyait vraiment pas dans un concours de beuverie (elle ignorait encore ses petites escapades à Chenlan).

« Shizao, sortez de ce buisson et veuillez aller chercher le plateau. Nous jouerons avec le Général, Ling et le Capitaine, s'ils le veulent bien. »
Le dénommé Shizao sortir des fourrés de l'autre côté du bassin. Cramoisi, il était encore couvert des feuilles qui avaient fait son maigre camouflage et qui tombèrent lorsqu'il s'inclina puis partit chercher le jeu. Le capitaine, dont la cachette avait été l'idée, n'en menait pas non plus très large. Surtout qu'il savait à peine jouer.
Li Mei, elle, avait l'air amusée.

« Qu'en dîtes-vous, Général Lai ? Nous pouvons jouer une partie ou deux; puis j'aimerais voir avec vous certains incidents qui se sont récemment produits à nos frontières. »

La jeune femme ne voulait pas que s'ébruite le fait que son Doyen se permettait de gérer ses convocations à sa place. Il faudrait qu'elle ait une petite discussion avec lui, très rapidement; mais elle voulait d'abord comprendre pourquoi Lai Yao Shih et pourquoi aujourd'hui.
Elle comptait d'abord faire parler le Général; peut-être celui-ci avait des choses à lui dire. Le Doyen avait été parmi ceux désirant qu'elle se marie; mais jamais il n'aurait osé... Si ?
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Lai Yao Shih
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MessageSujet: Re: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Mar 1 Déc - 16:02

C’est en se redressant que Yao Shih comprit que quelque chose n’allait pas avec cette convocation. Il avait naturellement le sens de l’observation et sa formation de soldat et de général n’avait fait que développer encore plus cette capacité. C’est ainsi que, lorsqu’il vit le visage de la reine se métamorphoser subtilement par la surprise, il comprit que ce n’était pas elle qui l’avait fait venir au palais. Ce n’était pas si surprenant que ça. Le conseiller pouvait prendre l’initiative de faire venir au palais quelqu’un au nom de la reine, mais habituellement cette dernière était mise au courant avant que le convoquer ne se montre. Visiblement, les choses étaient différentes cette fois.

Silencieux, il attendit que la jeune femme comprenne ce qui se passait. Il donna l’invitation au soldat et pendant qu’elle l’examinait, Yao Shih regarda autour de lui. Cet endroit était magnifique et il ne se lassait pas de le visiter. Il avait rarement l’occasion de venir en ces lieux, mais chaque fois c’était un plaisir pour les yeux. C’était calme, reposant et lumineux, le genre d’endroit qu’il devrait fréquenter plutôt que de s’obstiner à s’enfermer dans des lieux clos. Il inspira profondément, laissant entrer l’air frais à plein poumon. Si ça avait été dans son tempérament, il aurait peut-être même souri, mais son visage resta, comme d’habitude, de marbre.

Il fut arraché à ses rêveries lorsque la reine s’excusa de l’avoir dérangé pour rien. Encore une fois, il courba légèrement l’échine en sa direction en répondant simplement.

— Ce n’est rien. J’ai beaucoup de temps libres en ce moment.

Ceci n’était aucunement une pointe envers la reine en raison de la paix qui perdurait depuis deux ans. Il ne faisait qu’exprimer l’état des choses. Il avait effectivement beaucoup de temps libre qu’il tentait d’occuper par la formation des soldats, des lectures à la bibliothèque ou encore des escapades à Chenlan. Là-bas, il tentait d’obtenir des informations sur ce qui se passe autant à Funan qu’à Sizheng. En même temps, il se laissait aller plus librement à certaines choses qu’il s’interdisait d’ordinaire ici. Ce n’était pas un sale ivrogne, mais parfois… il trouvait libérateur de se souler jusqu’à perdre connaissance. Il arrêtait de penser pendant un moment.

Toutefois, Yao Shih marqua un temps d’arrêt lorsqu’elle enchaîna sur les prétendues habiletés au Mahjong qu’on lui prêtait. Oui, bon, il était capable de jouer, mais ça faisait un moment qu’il ne l’avait pas fait. Mais ce ne pouvait pas être la raison pour laquelle il était ici. Non, elle n’avait trouvé que ça pour expliquer ça présence. Elle était constamment entourée de personnes, la reine pouvait jouer avec n’importe qui d’entre eux. Il acquiesça quand même d’un bref mouvement de tête. Ça ne lui ferait pas de mal de jouer un peu et puis, de toute façon, il ne pouvait pas contrarier les désirs de sa reine. Si elle décidait quelque chose, Yao Shih n’avait pas d’autres choix que de s’y soumettre.

Il regarda le fameux Shizao sortir de sa cachette. Tien, c’était un des soldats qu’il avait formés. Apparemment, il avait besoin de revoir avec lui certaines bases dans l’idée du camouflage. Néanmoins, arriver à bien se cacher ici relevait du défi. Bref, lui parler ne lui ferait pas de tort.

— Volontiers. Il y a en effet certaines choses qui doivent être discutées.

Autant profiter de l’occasion pour lui faire part de certaines de ses observations durant ses voyages répétés à Chenlan. Il avait aussi quelques critiques à faire sur sa garde rapprochée. Des dames de compagnie et de jeunes soldats inexpérimentés n’avaient rien de très efficace. Quelqu’un de vraiment déterminé ne serait pas dérangé par le nombre.

— J’aimerais parler de votre sécurité avant tout. Dès que j’ai mi les pieds ici, j’ai remarqué certaines… lacunes. Pour être franc, si j’avais eu dans l’idée de vous tuer, compte tenu de mon expérience et malgré la présence de tous ces hommes, j’aurais eu le temps de le faire avant que mon sang de soit versé.

La façon dont il venait de prononcer ces mots, soit d’un ton neutre, voir peut-être un peu dur faisait frissonner dans le dos. Il faut dire que Yao Shih a naturellement l’air sévère et toujours de mauvaise humeur. Il n’était pas nécessairement de compagnie très agréable, mais il savait de quoi il parlait. Cette critique n’avait rien de gratuit et il s’inquiétait sincèrement de la sécurité de sa reine.
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Wang Li Mei
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MessageSujet: Re: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Sam 5 Déc - 22:11

Li Mei dédia un charmant sourire au Général, dont le visage de marbre ne lui faisait pas peur. Il en fallait plus à la jeune Reine qu'un regard un peu froid pour être ébranlée ou pour perdre la face; l'hypocrisie ne faisait-elle pas partie intégrante de son métier ?
Mais elle n'avait pas besoin d'être hypocrite avec le Général Lai; pas plus qu'avec un autre, en tout cas. On ne lui avait rapporté aucune rumeur de complot le concernant, et c'était agréablement surprenant en ces temps d'instabilité politique. Les gens qui composaient sa suite ce jour-là étaient de toute façon tous des membres de sa garde rapprochée ou de sa cour la plus fidèle; il ne manquait que Yu et Liu Biu pour parfaire le tableau. Avec ses deux-là, elle se sentait en sécurité en permanence; mais malheureusement, ils n'étaient pas à ses côtés. Le premier ministre était bien trop pris par ses travaux pour le gouvernement et le chevalier patrouillait aux frontières. Elle espérait d'ailleurs que Lai aurait des nouvelles à lui donner de son ami d'enfance; quel empaffé ! Il ne l'aidait pas à se rassurer en oubliant de lui écrire...

Chassant ces soucis de son esprit comme le vent chasse les nuages, Li Mei redirigea son attention vers l'instant présent. Ling revenait avec le service à thé, rosissant à la vue de Yao Shih. La Dame de compagnie était l'épouse d'un haut dignitaire de Sizheng, mais cela ne devait pas l'empêcher de trouver le jeune homme admirable. La souveraine se demanda bien ce qu'elle pouvait lui trouver, jusqu'à trottiner de manièr ridicule pour aller prestement chercher une seconde tasse. Le coeur humain était décidément insondable... Ling se mit à jouer du shimasen dans l'air frais du midi et on put bientôt voir dans l'azur monter les premières fumées des cuisines du Palais.
La pique sur la trève lui passa loin au-dessus de la tête, bien qu'un coin de son cerveau la retint. Elle se trompait, mais pour elle, si même un homme comme Lai commençait à trouver le temps long, il fallait absolument qu'elle trouve un moyen d'occuper son armée. Un autre que d'envahir le pays voisin, s'entends. Peut-être une formation accentuée dans l'art du camouflage serait une bonne idée ? L'image de ses chers soldats couverts de branchages et de mottes de terre fit monter un fou rire qu'elle réprima avec vigueur. Hors de question qu'elle s'esclaffe en public sans raison apparente; on croirait que les récents événements aient atteints son cerveau.

« Ma sécurité laisse à défaillir, n'est-ce pas ? » Li Mei rit doucement dans son hanfu. Elle avait un rire charmant et clair, un peu enfantin. « Je veux bien le croire; mais tant qu'on échoue à m'assassiner, je ne peux me permettre d'enlever les soldats postés à nos frontières pour les assigner au palais. Heureusement que vous n'êtes pas déterminé à m'abattre, Général. » Elle sourit à nouveau, puis son visage redevint sérieux.
« Que proposeriez-vous pour l'améliorer ? Je serai curieuse d'écouter vos suggestions. »

Ling revenue, la jeune femme fit servir le thé dans les tasses de porcelaine et en fit servir une au Général, à qui on apporta un tabouret. Elle-même réchauffait ses fins doigts clairs sur la faïence aux motifs bleus. Ce qu'avait à dire le Général l'intéressait vraiment; car elle n'était pas folle et se préoccupait aussi bien de l'avis de ses hommes que de sa propre vie.
Bon. Elle réglerait cette histoire avec le Doyen plus tard – mais il ne perdait rien pour attendre. L'important était maintenant de voir ce qu'elle pouvait tirer de cette entrevue avec le Général.
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Lai Yao Shih
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MessageSujet: Re: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Dim 6 Déc - 17:23

Yao Shih avait l’impression que sa jeune reine prenait les choses beaucoup trop à la légère concernant sa sécurité. Visiblement, tout ce qui comptait pour l’instant était que, jusqu’à présent, tous les attentats avaient échoué. Savait-elle au moins qu’à de nombreuses reprises, les choses avaient été très proches de mal se terminer? Peut-être le savait-elle réellement, mais elle conservait envers sa suite une confiance aveugle. Les soldats qui l’entouraient n’étaient pas que des incapables. Certains étaient même très bons sur le champ de bataille et Yao Shih était prêt à parier qu’ils préféraient y être plutôt qu’au palais. Ils avaient été choisis pour leur aptitude reconnue au combat et le général ne pouvait le nier, mais la différence est immense entre se battre durant une bataille et rester là à attendre une éventuelle attaque qui pouvait venir de n’importe où. L’ennemie pouvait si facilement se cacher dans un endroit comme le palais.

— Je ne dis pas que les hommes qui vous accompagnent sont des incompétents. Ils sont très doués pour se battre. Mais ici, on parle d’embuscades plutôt que d’un combat face à face. Il faut un excellent sens de l’observation et être capable d’anticiper les choses. Se sont des qualités qu’ils n’ont pas nécessairement eu la chance de développer à leur maximum.

Le général était très loquace tout à coup. En fait, quand il était question de la sécurité de sa reine, il était très pointilleux.

— Par exemple, des archers pourraient facilement se cacher là, là et enfin là.

Il désigna trois endroits situés en hauteur tout autour de la cour.

— En étant assise en plein milieu, vous êtes une cible très facile.

Les propos du général provoquèrent un léger élan de panique au sein de la garde personnelle. Certains soldats s’empressèrent d’aller vérifier si les points qu’avait désignés Yao Shih cachaient un ennemi prêt à tuer la reine. Heureusement, il n’y avait personne.

Le climat politique était très instable et menaçait d’éclater à la moindre occasion. La disparition de la reine de Sizheng serait une occasion en or pour les gens de Funan. Le royaume sans un dirigeant politique fort serait une cible facile pour les ennemies qui n’auraient plus qu’à l’envahir, faire disparaître tous les chefs d’armée et autres conseillers susceptibles de revendiquer le titre de la défunte reine. Même Yao Shih, en attendant un prétendant de sang royal, pourrait prendre les commandes. Le général n’avait pas de telles ambitions, mais il se savait capable de maintenir le royaume si la situation devenait nécessaire.

Une jeune femme revint avec une tasse de thé bien fumante et un tabouret sur lequel il prit aussitôt place pour déguster la boisson chaude et réconfortante. Ainsi, la reine lui demandait son opinion sur la question. Oui, il avait bien quelques idées, mais il n’avait pas vraiment pris le temps de bien examiner la question. Yao Shih se redressa sur son tabouret avant de dire.

— Oui, bon… Il y a certains hommes qui sont encore stationnés ici dans la cité qui pourrait très bien vous protéger. S’ils n’ont pas été envoyés aux frontières, c’est qu’ils sont jeunes et sans expérience. Voilà l’occasion de les former spécialement pour votre protection ici. Je pourrai m’occuper de leur formation. Je connais bien le palais. Je crois être en mesure de leur apprendre certaines choses.

Soyons clairs, en aucun cas il ne se proposait comme garde du corps personnel de la reine. En fait, il avait bien d’autres choses à faire que de trainer 24 heures sur 24 avec la jeune reine. En fait, il avait beaucoup de temps libre, mais n’avait pas nécessairement envie de passer ses journées au palais. Il grouillait de jeunes filles à marier qui manquait définitivement de subtilité. Déjà, la rumeur de sa présence s’était répandue entre les murs et des jeunes filles commençaient à apparaître ici et là. Elles gardaient respectueusement leur distance, mais il pouvait clairement entendre leur gloussement et leur murmure échangé. Yao Shih fait comme s’il n’entendait rien pour plutôt se concentrer sur sa reine et ce qu’elle avait à répondre de ses idées.
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Wang Li Mei
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MessageSujet: Re: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Mar 8 Déc - 13:41

Le jeune Sizhao revint avec le plateau du Mahjong et la boite de tuiles de marbres avec lesquelles les participants allaient s'affronter. Encore sous le coup de sa récente humiliation, il semblait gêné et honteux. Aussi présenta-t-il le jeu à la Reine avec une certaine raideur, qui ne lui était pas coutumière. Celle-ci le remarqua, mais n'en dit ou n'en fit rien. Sizhao était un de ses précieux et fidèles Gardes du Palais et elle lui prédisait un brillant avenir, s'il prenait un peu plus confiance en lui. Elle ne voulait pas le brimer d'avantage par des remarques publiques.
Le jeu fut rapidement disposé sur une petite table basse, en bois laqué, à côté de laquelle on déposa un guéridon en fer forgé pour y tenir le thé à la disposition des joueurs. Celui-ci dégageait une délicate fragrance florale, légèrement sucrée mais vivifiante. Était-ce du thé au jasmin ou à la menthe, ou un mélange des deux, comme Ling savait si bien les faire faire par sa servante ? Mais non, ce devait être un thé d'une autre origine, car Li Mei remarqua qu'un serviteur remplaçait discrètement leur service de faïence par un service d'argent; non pas par goût du luxe, mais par prudence : l'argent était connu pour réagir à la présence de poison.

« Décidément, songea Li Mei, ils sont tous fous. Paranoïaques et fous. Ou alors, peut-être est-ce moi qui suit inconsciente et folle. »
Et le général qui voyait des archers partout... Bon, d'accord, elle était une cible ridiculement facile. Mais si elle n'était pas encore morte, c'est que personne ne l'avait remarqué, non ? La petite reine de Sizheng était peut-être un peu inconsciente, au fond – ce qui n'étonnera personne de la part d'une très jeune femme de vingt ans qui, bien qu'ayant eu toute la charge d'un royaume sur les épaules, n'avait jamais vécu ailleurs qu'au sein des remparts protecteurs de son Palais, ou alors entourée de la garde attentive de ses Généraux lorsqu'elle menait l'assaut sur le Champs de Bataille. La Mort l'avait déjà frôlée un certain nombre de fois en ces lieux maudits, charniers terribles et ensanglantés où les boyaux des hommes se mêlaient aux larmes de leurs veuves.
Par rapport à la violence des combats, la capitale lui avait toujours parue d'une tranquillité et d'une paix presque trompeuses. Il était humain qu'elle se laisse aller; mais l'humaine doit s'effacer devant la monarque et fort heureusement, les conseils du Général allaient l'y aider sur ce point.

Li Mei écouta en silence les paroles de Yao Shih, alors qu'on disposait le jeu pour commencer la partie. Ling s'éventait à se tordre le poignet, ses yeux bruns fixés sur le Général Lai, et le Capitaine Xu, de la Garde du Palais, semblait s'être plongé dans une fixation intense du plateau, une concentration extrême qui indiquait sa recherche désespérée, dans ses souvenirs, des règles du Mahjong. La jeune souveraine songea que l'ambiance était étrange, mais étrangement divertissante; la partie serait d'un niveau pitoyable, mais elle allait bien s'amuser.
« Si seulement Lai pouvait arrêter de parler d'assassinat, se dit-elle en buvant son thé, nous pourrions peut-être nous sentir serein. » Mais les propos du militaire étaient pleins de bon sens, elle devait le reconnaître. Bien qu'elle reste insensible à l'émoi de sa garde qui maintenant cherchait des espions partout, elle devait avouer qu'il n'avait pas tort sur tous les points : elle n'avait gardé auprès d'elle que les recrues qui ne manqueraient pas au front, si la situation avec Funan devenait critique. Son idée de former la Garde du Palais n'était pas stupide; personne ne s'en était occupé jusqu'à présent, les gardes ne pouvant pas à la fois s'entraîner et protéger la Reine.

« Quelle bonne idée, Général. » Répondit-elle en lui souriant. « Si vous vous proposez si gentiment, je ne peux que donner crédit à votre suggestion.  » Du coin de l'œil, elle remarqua alors la petite troupe de servantes, cuisinières, lavandières dames de compagnie et autres femmes du Palais qui était venue admirer le Général Lai Yao Shih, nouveau célibataire à s'arracher à la Cour de Sizheng. Cette situation la faisait rire; si elles savaient, les pauvres ! Selon ses informations, le jeune homme tant convoité préférait... Hé bien les hommes, justement. Comme c'était cocasse de voir toutes ces donzelles chercher des excuses pour l'approcher ! Une telle se battait pour la prochaine théière; l'autre cueillait étrangement les fleurs du bosquet près du quel il s'était assis. Il faudrait bientôt faire évacuer la place à chacun de ses déplacements.

« Allons, commençons à jouer; nous en discuterons plus en détails pendant la partie. Capitaine ? Vous ferez le Vent d'Est pour cette manche-ci. »
Celui-ci acquiesça, d'un air peu assuré. Chacun devenait donc, respectivement : Li Mei le Vent du Sud, Ling le Vent d'Ouest et Yao Shih le Vent du Nord, selon les règles du jeu en cours à Sizheng.

« Et vous dîtes donc, Général, que vous pourriez entraîner la Garde. Mais qui me protégerait pendant ces entraînements ? »
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Lai Yao Shih
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MessageSujet: Re: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Jeu 10 Déc - 1:28

Selon le point de vue de Yao Shih, Wang Li Mei était en effet inconsciente du danger qui planait sur elle. La paix était peut-être bien installée, elle n’en restait pas moins qu’elle ne faisait pas l’affaire de tous et que plusieurs souhaitaient maintenant voir la jeune femme morte. D’un autre côté, vivre constamment dans la peur n’était pas une bonne chose. Malgré les responsabilités qui venaient avec son titre, la jeune femme de 20 ans avait tout aussi le droit de demander de vivre une vie relativement normale. C’était la mission de sa garde. Protéger sa vie tout en lui permettant de vaquer à ses occupations.

Tout en surveillant les réactions de la reine, Yao Shih ne pouvait s’empêcher d’observer ce qui se passait autour de lui. Le pauvre Capitaine semblait presque angoissé à l’idée de jouer. La façon dont il fixait la table de jeu ne laissait aucun doute sur ce qui se passait dans sa tête. Il tentait de se souvenir de comment on jouait. C’était en effet un jeu assez complexe, avec de nombreuses règles et où il fallait faire preuve de stratégie.

— Ne vous en faites pas. Ce n’est pas grave si vous êtes mauvais. Moi-même, ça fait une éternité que je ne me suis pas adonné à ce genre de divertissement.

Il n’avait aucune idée s’il était rassurant ou non, mais au moins, il disait la vérité. Yao Shih n’était pas un fervent de ce genre de jeu. En fait, il ne fréquentait pas assez les gens pour pouvoir le faire. C’était un jeu qui se faisait à plusieurs et Yao Shih était devenu un grand solitaire. Il fut tiré de ses pensées par la réaction de la reine face à sa proposition. Un bref sourire apparu sur ses lèvres. Il inclina légèrement la tête.

— En fait, ça me permettra de m’occuper un peu.

Une chance que Yao Shih ne pouvait pas lire dans les pensées de la reine. S’il avait su qu’elle savait son secret, il se serait écrasé sur le sol à ses pieds en la suppliant de ne rien dire. L’homosexualité n’était pas une chose permise dans la société. Elle était bien présente, mais les gens tentaient le plus possible de la cacher. Les gens préféraient refouler leur pulsion et se marier plutôt que de vivre pleinement leur différence. De toute façon, accepter la différence était parfois bien difficile. Pour Yao Shih, les choses s’étaient faites naturellement, ou presque. Il avait bien entendu eu ce moment de questionnement, mais il fut vite oublié quand des sentiments plus puissants l’eu l’envahi. Il parlait bien entendu de la passion, puis de l’amour profond qui peut survivre à tout, même à la mort apparemment.

Faisant abstraction de toutes les demoiselles qui tentaient d’attirer son attention, il fut soulagé d’apprendre cette partie commençait enfin. Il ne fut pas tellement surpris qu’on lui ait attribué le vent du nord. Il était un homme froid et distant et il se doutait bien que la reine devait lui avoir attribué.

Ils avaient commencé à jouer lorsque la reine lui posa une question bien embêtante. Ah oui, maintenant qu’il y pensait, il ne pouvait pas partir avec toute la garde et la laisser sans protection derrière. Il fit comme si de rien n’était, restant concentré sur le jeu qui venait tout juste de commencer. En fait, il réfléchissait à comment il pourrait organiser les choses pour ne pas la laisser sans protection. Yao Shih ne pouvait pas lui dire tout candidement de rester enfermé dans ses appartements pendant les heures d’entraînement.

— Je vais réfléchir aux détails un peu plus tard. Mais je crois qu’il serait possible de diviser la garde en deux ou encore de demander à un autre général de m’aider. Un pourrait se charger de la formation tendit que l’autre pourrait rester à vos côtés pour vous protéger.

Au même moment, un bruit de porcelaine brisé se fit entendre. Deux jeunes filles qui se disputaient à savoir qui allait amener le thé à Yao Shih avaient finalement échappé la précieuse théière sur le sol. L’une d’elles commença à invectiver sa compagne alors que l’autre se pencha pour ramasser les débris. Un peu paniqué d’avoirs agis ainsi devant la reine, elle se coupa avec un morceau de porcelaine. Le général se douta que ce n’était pas une bonne idée, mais il se leva de son banc et s’approcha de la jeune femme à la surprise générale. Il sortit un mouchoir et enveloppa la paume blessée avec.

— Il faut nettoyer la blessure avec de l’eau propre et demander à quelqu’un de vous faire un pansement. Il y a surement un médecin à l’intérieur de ce palais.

Étant habitué à la vue du sang, il ne s’émut pas devant cette petite coupure. Toutefois, ce n’était pas le cas de la jeune femme qui vacilla sur ses pieds avant de plonger tête première sur Yao Shih qui la reçut dans ses bras avant qu’elle ne tombe sur le sol.
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Wang Li Mei
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MessageSujet: Re: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Lun 21 Déc - 15:30

Li Mei s'amusait et elle se sentait bête de le faire, alors que tous autour d'elle s'inquiètait de sa sécurité. Elle aurait du être craintive, presque peureuse; en tout cas fort attentive à sa personne et d'humeur plus grave que badine. Mais l'enfant en était bien une et elle voulait se réjouir, non pas s'attrister. Un vent frais lui rafraîchit l'échine; elle battit frénétiquement, mais avec grace, de son éventail pour chasser le froid. La scène qui se déroulait sous ses yeux lui réchauffait le coeur.
Le Capitaine était stressé comme un puceau le soir de ses noces et les paroles du Général ne semblèrent le rassurer qu'à moitié. Ses mains bourrues tremblaient légèrement en saissant les dalles de marbre. Le Vent d'Est commencait traditionnellement la partie, suivi des Vents du Sud, d'Ouest et du Nord. Li Mei jouait distraitement; elle n'avait pas exigé ce jeu pour le plaisir de la stratégie mais plutôt pour occuper son monde. « En période de crise », lui avait un jour dit son père, « quand tout le reste échoue, tiens les occupés ». Organiser des jeux, des concerts, des bals : faire oublier l'horreur des attentats par des fêtes somptueuses ; faire amener au sein des jardins royaux des animaux étranges et éxotiques ; ravir les oreilles des courtisanes par des dizaines de rumeurs plus folles les unes que les autres. Oui, Li Mei remplissait bien ce rôle, oubliant par là-même ses propres soucis.

Et voir le Général Lai se démener pour ne pas se montrer trop calme et insensible envers cette myriade de demoiselles était un plaisir rare et exquis. Mais il fallait revenir aux choses sérieuses. Lai parlait de diviser la garde en deux, ou de demander conseil à un autre Général. La Reine aux cheveux bleus pensa immédiatement à un autre jeune membre éminent de son armée, le Général Ing. C'était un homme droit, un peu froid sur les bords, mais qui avait toute sa confiance, et la famille Ing servait le trône depuis des générations. Oui, Ing Heng Shan serait un excellent choix si cette idée de Lai se concrêtisait; et elle ne manquerait pas de l'inviter pour lui en parler. Comme c'était cocasse ! Heng Shan ne cherchait-il pas lui-même une épouse ? Oh, ce serait à mourir de rire de les voir tous deux à ses côtés – les demoiselles du Palais ne seraient plus où se mettre.

« Je vous fais entièrement confiance, Général. Il est dans mon idée que... » La phrase de Li Mei fut interrompue par un bruit de chute et de porcelaine brisée; tous, même Ling, se détournèrent vers l'origine du vacarme. Il s'agissait de deux jeunes suivantes qui, attirées par notre ami le Général, avaient vraisemblablement voulu lui plaire en lui apportant son thé. La souveraine s'étrangla de rire derrière son éventail, avec toute la discrétion propre au monarque et fit appeler un médecin.
Bien que la situation n'était pas gravissime, la tension générale la transforma bientôt en micro-drame, avec évanouissement et pâmoison de rigueur et la petite reine retrouva son sérieux. Il fallait vraiment diriger comme des enfants la cohorte de servantes qui papillonnait autour d'eux. Quel fardeau !
« Allons, allons ! Vous avez entendu le Général ? Jin, faites-vous pardonner, courrez quérir le Docteur Ho. » C'était le jeune, talentueux et mélancolique docteur officiel de la Cour. « Dites lui de venir avec son assistant, je crois qu'une lavendière vient de défaillir. Ling, attention, vous avez failli lui marcher dessus. Général, venez donc étendre cette pauvre créature sur notre banc, je vais me lever... »

La jeune femme s'éxécuta et on installa la pauvre fille, Jia de son prénom, sur les bancs des joueurs. Quel drame, décidément ! On attendit que le docteur arrive, la foule murmurant et chuchotant, se répétant l'image du Général réceptionnant la belle dans ses bras.
Li Mei se tourna vers Yao Shih.
« Hé bien, Général, je vous félicite : on peut dire que quand vous cherchez une compagne, vous ne faîtes pas les choses à moitié ! Je suis sûre qu'elle aura honte et ne pourra pas s'empêcher de vous tisser une tapisserie de soie pour se faire pardonner... »

La jeune femme éclata de rire. C'est à ce moment-là, précis, que l'assassin embusqué sur le toît décida de frapper.
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Lai Yao Shih
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MessageSujet: Re: Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]   Mar 22 Déc - 1:23

Occuper ces gens n’était pas une mauvaise idée en soi, mais il ne fallait pas oublier que le danger était présent à tout moment. Alors que chacun tentait de ne pas perdre la face devant la reine, le général restait attentif à ce qui se passait autour de lui. Rien ne semblait suspect et l’atmosphère était à la détente… Jusqu’à ce ridicule accident avec la théière. À ce moment, ce fut le chaos au point où n’importe qui aurait pu entrer dans la cour sans qu’on le remarque.

Yao Shih se retrouva donc avec une jeune femme dans les bras alors qu’autour de lui, tout le monde paniquait. Ce n’était que quelques gouttes de sang. Ne devait-elle pas habituer d’en voir tous les mois? Il ne fréquentait peut-être pas les femmes, mais il connaissait assez bien leur anatomie. Soupirant devant le ridicule de la présente situation, il souleva sans difficulté la jeune femme dans ses bras et alla la déposer sur le banc. Elle revenait déjà à elle, papillonnant des yeux avant de prendre un air ahuri en voyant Yao Shih penché sur elle. Elle prit une teinte cramoisie, jurant énormément avec son teint de porcelaine habituelle. Jia essaya de se redresser pour sauver le peu d’honneur qui lui restait, mais Yao Shih la maintient étendue d’une main ferme.

— Le médecin arrive. Restez tranquille…

Jia cessa de se débattre et resta étendu, raide comme une barre de fer. Parions qu’elle avait maintes fois imaginé se retrouver étendue non loin de Yao Shih, mais pas dans de pareilles circonstances. Voyant qu’elle restait tranquille, il s’éloigna un peu sachant que sa présence était pour beaucoup dans son malaise. La reine se retourna pour lui parler. Légèrement agacé par la remarque de Li Mei, il répondit aussitôt.

— Elle peut me broder de nouveaux vêtements si elle le désire. Personnellement, j’aimerais que mon épouse ne soit pas aussi émotive à la vue du sang. Vu mon métier, je reviens souvent blessé… Attention!

Yao Shih attrapa la jeune reine par le bras et la tira derrière lui tout en sortant son arme. Un homme venait de jaillir de nulle part pour attaquer la reine de Sizheng. Heureusement qu’il était toujours armé, peu importe les circonstances.

— Tout le monde à terre. Soldats, prenez les armes et protéger la reine. Je m’en occupe!

L’agresseur était entièrement vêtu de noir. Impossible de deviner sa provenance. Il portait un arc, mais ça ne garantissait pas qu’il puisse venir de Funan. Il pouvait être aussi bien un mercenaire errant qui vendait sa force de frappe au plus offrant. À sa ceinture pendait aussi une longue épée Yao Shih fut le plus rapide. Il bondit vers l’assassin, son épée dans une main et sa dague de l’autre. Il n’allait pas partir d’ici vivant.

Le combat qui suivit fut extrêmement serré. Yao Shih était un fin escrimeur, mais son assaillant était aussi habile que lui. Alors que les lames s’entrechoquaient furieusement, le général tenta de le poignarder avec sa dague. Un coup de pied le projeta sur le sol et c’est de justesse qu’il évita la lame qui voulait l’embrocher comme un canard. Vraiment, ce type commençait vraiment à l’agacer sérieusement. Sautant sur ses pieds, il le chargea à nouveau et finalement, Yao Shih fini par lui enfoncer sa précieuse dague dans le ventre avant de le jeter dans un des bassins. Des volutes rougeâtres se répandirent dans l’eau claire alors que le corps s’y enfonçait lentement. À bout de souffle, mais plutôt satisfait, il se tourna vers la reine.

— Tout va bien?

Il rengaina son arme avant de lentement faire le tour sur lui-même, suspicieux. Son regard s’arrêta sur la jeune femme qui avait perdu connaissance dans ses bras quelques minutes plus tôt.

— C’est une étrange coïncidence. Je suis certain que cet homme n’était pas là quand je suis arrivé. Il y avait des gardes partout et ils sont même allés vérifier les endroits problématiques que j’avais désignés. Puis, il y a ce bête incident avec la théière, une jeune fille se coupe et perd connaissance. Ça provoque un bref instant de chaos durant lequel l’attention de tout le monde se porte sur moi et sur la demoiselle. Puis voilà qu’il arrive. Je ne crois pas aux coïncidences. Du moins, pas aux coïncidences de ce genre. Mademoiselle, quelque chose à dire?

Soit Yao Shih était vraiment le pire des paranoïaques que la terre ait porté, soit il avait raison. Quoi qu’il en soit, son regard de faucon fixait intensément la jeune fille en quête d’une réponse, totalement indifférent aux murmures de protestation qui s’élevaient autour de lui.
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Réflexion au bord de l'eau [Yao Shih]

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