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 C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!

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Lai Yao Shih
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MessageSujet: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Jeu 24 Mar - 20:45

Quelle heure pouvait-il être? Yao Shih se redressa en faisant craquer du coup quelques vertèbres de son dos. Il avait trop passé de temps penché sur ces maudites cartes au point que ses muscles s’étaient tendus. Au bruit, on pourrait croire qu’il se fait vieux, mais ce n’est pourtant pas le cas. Le général avait mal aux yeux aussi. Les lignes se fondaient ensemble au point qu’il ne distinguait pratiquement plus rien. C’était les comptes rendus des dernières activités recensées aux frontières du royaume. Rien de bien alarmant pour l’instant, mais ces incidents fâcheux pouvaient facilement dégénérer. Yao Shih commençait à être exaspéré par tout cela. Il avait l’impression de faire du surplace, de ne servir à rien mise à part entraîner ses nouvelles recrues ou de faire de la discipline aux soldats qui commençaient à s’impatienter aussi. Autant d’hommes laissés à eux-mêmes, beaucoup n’ayant rien d’autre que l’armée dans la vie, pouvaient être dangereux. Malheureusement, Yao Shih ne pouvait rien faire pour eux mis à part les envoyer en patrouille aux frontières et cela se résumait souvent qu’à coucher à la belle étoile. Le général ne pouvait vraisemblablement pas provoquer une guerre simplement pour son bon plaisir. Non, il devait prendre son mal à patiente. De toute façon, la paix est une chose bien fragile en ce monde. Bien assez tôt, il sera obligé de rassembler ses troupes pour de nouveaux épisodes sanglants.

Repoussant les cartes qu’il était en train d’examiner, Yao Shih tomba sur des documents qui remontaient à ses débuts en tant que général. Il n’avait pas autant d’assurance qu’aujourd’hui à cette époque. Il pouvait sentir l’hésitation dans ses traits ainsi que les ratures qu’il avait faites. C’était des cartes représentant les différents champs de bataille qu’il avait foulés. Il avait pris un grand soin de tout consigné. Étant autant un homme de lettres qu’un homme de guerre, Yao Shih désirait que les générations futures s’inspirent de son travail et surtout qu’on oublie tout le travail qu’il avait fait. Yao Shih était un peu vaniteux? Peut-être, mais disons plutôt qu’il avait suffisamment versé son sang pour qu’on se souvienne un peu de lui.

Avait-il repris goût à la vie? Yao Shih ne pouvait le dire avec certitude. L’hiver avait fait place au printemps une fois de plus et les fleurs s’épanouissaient au soleil répandant leur agréable parfum. La discutions qu’il avait eu avec Ing Heng Shan l’avait convaincu qu’il y avait peut-être une raison pour laquelle il n’était toujours pas tombé à la guerre, une raison qui lui échappait totalement pour l’instant, mais qui prendrait peut-être sens un jour. Au début, Yao Shih en avait été très agacé, mais il ne pouvait rien y faire. Son honneur lui interdisait de se suicider, ainsi Shih était condamné à vivre, pour le meilleur et pour le pire. Ainsi, le général continuait à faire ce qu’il faisait le mieux sans réel enthousiasme. En même temps, il continuait de garder l’oreille tendue. Il savait que des rumeurs courraient à son sujet, même s’il n’en avait plus entendu depuis un certain temps déjà. Cette situation était embarrassante pour lui. Il détenait une position de pouvoir et à cause d’histoires stupides, il pouvait aussi bien tout perdre du jour au lendemain. Bon, il devait éviter de trop s’inquiéter. Si Yao Shih devenait nerveux, les gens remarqueraient aussitôt que quelque chose n’allait pas et chercheraient à en apprendre plus. C’est là que ça pouvait devenir dangereux. Non, Shih devait rester aussi froid et détaché qu’à l’habitude. Pour l’instant tout allait bien, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne devait plus regarder derrière lui pour voir si quelqu’un n’essayait pas de le poignarder dans le dos.

Bon, Yao Shih était assis depuis suffisamment longtemps. Il commençait à avoir des fourmis dans les jambes. Ainsi, il se leva pour se dégourdir un peu. Il quitta la petite pièce qui lui faisait office de bureau. En fait, elle était grande, mais il l’avait tellement encombré avec le temps que l’espace était devenu exigu. Dans la cour, des recrues s’entrainaient au lancer de lance. Yao Shih décida d’aller les observer un peu tout en se tenant à distance pour ne pas être accidentellement touché. D’ailleurs, à un moment il du faire un bon de côté pour éviter une lance qui ce ficha sur le sol à l’endroit exact où il se tenait. En général irascible qu’il pouvait être, il n’hésita pas à sermonner vertement le jeune homme.


— Vous êtes un idiot. Pour ça, je devrais vous faire enfermer.

L’adolescent devint cramoisi de honte et s’inclina profondément devant le général avant de venir prendre sa lance. Ces jeunes n’étaient vraiment pas prêts pour un conflit. D’un autre côté, le seul moyen pour eux de savoir ce qu’est vraiment la guerre était d’y participer.

[Hj : AHAHA I'm BACK]
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Pang Shao
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MessageSujet: Re: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Jeu 24 Mar - 23:14

Une nouvelle détonation résonna violemment dans l’arrière-cour d’une maisonnette au cœur d’un paisible quartier de la capitale, puis des bruits de pas précipités partant du logis lui firent écho. Madame Yua, en dépit de ses soixante printemps bien tassés, faisait montre d’une rapidité dépassant l’imagination tout en se dirigeant vers le petit abri de jardin qu’elle venait de louer à un visiteur de passage à Sizheng. Geste qu’elle se prenait maintenant à regretter au vu des multiples désagréments sonores que son hôte lui faisait subir ; elle ne pouvait toutefois plus s’en plaindre étant donné que le voyageur lui avait clairement signifié qu’il risquait d’être « légèrement bruyant » mais qu’elle avait acceptée sans rechigner dans un élan de générosité. Tout en maugréant des diatribes inaudibles, Madame Yua se hâta vers le fond de sa cour. L’état des lieux fut à la hauteur de ses pires craintes.
Le toit affichait un trou béant large de trois bon pieds en son centre tandis que les poutrelles soutenant l’édifice s’écroulaient une par une, emportant les quelques tuiles qui avaient échappé à l’explosion. Des volutes de fumées s’élevaient par les fenêtres et l’ouverture laissée par la porte qui avait été littéralement arrachée de ses gonds pour venir s’encastrer dans le mur du jardin. Une forme se dégagea des décombres et, tout en se levant, épousseta ses vêtements passablement noircis par le souffle de l’explosion. Madame Yua ne put s’empêcher d’émettre un petit souffle de soulagement en constatant qu’il ne semblait pas souffrir de blessure grave et s’approcha de lui :


- Maître Pang, je constate que votre notion du « légèrement » est très relative…

Le dénommé Pang, encore sonné de la détonation, mit quelques secondes à reprendre ses esprits. Réalisant l’étendue des dégâts dont il était l’origine, il se confondit instantanément en excuses tout en s’inclinant le plus bas possible. La vénérable logeuse, bien qu’exaspérée par la catastrophe ambulante que constituait ce locataire inhabituel, fut touchée par la gêne du jeune homme si bien qu’elle n’eut qu’un haussement d’épaules en réponse au repentir du voyageur et repartit lentement vers sa demeure, prétextant quelques affaires à expédier.

Pang Shao, en plus de la honte des dommages causés, enrageait. Voilà bientôt deux ans qu’il travaillait sur ce projet mais encaissait des échecs prononcés à répétition. A trente-sept ans, le jeune homme désespérait de réaliser ce qui lui avait saisi l’esprit au cours de son tour de compagnonnage. Le constat était pour le coup particulièrement désolant : le maître artificier venait de perdre en une seule fois une partie de son matériel, son abri et l’estime de sa logeuse. Attendant patiemment que la fumée se dissipe, il s’assit sur un rocher non loin de là et entreprit méthodiquement de retracer les étapes de sa composition : une dose de poudre noire de qualité supérieure, du salpêtre, du souffre, le mélange, le passage au feu pourtant calculé,…. Ce que Pang Shao ne comprenait pas, c’était que le tout semblait parfait et effectué avec précision mais lui avait quand même sauté à la figure. La colère jusque là contenue éclata et se déversa en même temps qu’un flot de jurons et autres noms d’oiseaux dans les malheureuses poutres noircies qui s’élevaient devant l’abri. Ce qui clochait était introuvable pourtant le pyrotechnicien savait qu’il avait toutefois obtenu des résultats qui l’approchaientt de son but.


La visibilité étant revenue dans l’arrière-cour, Pang Shao retourna d’où il venait et estima les dégâts. Outre le bâtiment qui n’était clairement plus habitable, la détonation avait emporté tous ses ingrédients plus le matériel de préparation ainsi que les pierres du sol en formant un joli cratère. Ses effets personnels avaient toutefois été miraculeusement protégés du souffle par la table mais ses provisions de papier-monnaie étaient introuvables, emportées par la déflagration et dispersées aux quatre vents : le jeune homme était dans une situation critique, bien en peine de rembourser sa logeuse et se restaurer son matériel de préparation.

Un vent d’abattement souffla sur Pang Shao qui sortit à peu près présentable dans la rue, emmenant ce qui avait pu être sauvé de son paquetage après avoir prévenu Madame Yua de son départ pour la journée. Faisant le point sur sa situation financière, il se rendit compte qu’il était dans une sacrée impasse. Marchant sans but dans la foule qui se pressait vers le marché, il laissa son regard errer sur les passants et s’amusa à mener une intéressante étude de la mode vestimentaire du pays. Un spectacle retint son attention : deux jeunes garçons jouaient avec de petits pétards habituellement utilisés lors des fêtes. Il se surprit à critiquer mentalement la médiocrité de l’explosion qui dégageait en plus une odeur peu agréable loin des subtilités olfactives qu’un véritable orfèvre du feu d’artifice pouvait créer. Toutefois, par-delà le pétard utilisé, c’est la façon de l’utiliser qui fascina le maître artificier.

Les deux garnements avaient réussi à bricoler un système toutefois assez aléatoire qui permettait, grâce à l’explosion, d’envoyer la partie supérieure du pétard vers un endroit déterminé, ici une clôture. Tout attiré qu’il était par cette drôle d’expérimentation, il ne vit pas les deux exempts qui venaient en sens inverse et leur rentra dedans de plein fouet. Le choc le renversa instantanément tandis que le soldat vacillait : Pang Shao se releva tant bien que mal et présenta ses plus plates excuses aux militaires. Compréhensifs, ceux-ci les acceptèrent et reprirent leur route pendant que le jeune homme les regarda s’éloigner rapidement.

Une idée encore embryonnaire avait germé dans la tête du pyrotechnicien : un nouvel usage militaire du feu d’artifice...
Rassemblant ses affaires éparses sur le sol, il prit immédiatement le chemin de la garnison de Sizheng. Sa mémoire des trajets l’amena très vite où il voulait être : la présence de soldats devant le bâtiment lui confirma que c’était bien la caserne. Prenant son air le plus altier possible, il s’approcha pour entrer mais se heurta à deux lances mises en travers de sa route :


« - Les civils ne sont pas admis à la caserne ! » grogna l’un des deux portiers.

Rassemblant tout son courage, Pang Shao se lança dans une explication selon laquelle il avait une idée extrêmement importante à soumettre à un gradé. Ennuyés par cet opportun à la tenue noire de suie et aux cheveux sentant le grillé, les exempts repoussèrent machinalement le petit homme rondouillard qui se mit à crier au scandale. Ses protestations résonnèrent bien vite dans toute la cour de la garnison.

[HJ : premier post, quelle émotion !]


Dernière édition par Pang Shao le Ven 25 Mar - 19:56, édité 1 fois
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Lai Yao Shih
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MessageSujet: Re: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Ven 25 Mar - 15:25

Devant l’incapacité de certains de ses recrus à manipuler correctement une arme, Yao Shih décida de superviser personnellement l’entraînement pendant un moment. En tant que général, il avait beaucoup de responsabilités qui pesaient sur lui. S’il était souvent présent aux entraînements, il n’avait pas que ça à faire. C’est pourquoi il confiait parfois cette tâche à ses capitaines. Ce sont des hommes de confiance qui ont beaucoup d’expérience et qui connaissent surtout Lai Yao Shih comme personne. Ces mêmes hommes étaient à ses côtés lorsque venait le moment de prendre d’importantes décisions. Yao Shih pouvait compter sur eux pour exécuter ses ordres sans discuter. Toutefois, avec les rumeurs qui avaient circulé sur lui ces derniers mois, Shih avait surpris quelques regards discrets en sa direction. Les choses semblaient être entrées dans l’ordre, mais le général craignait toujours une perte de confiance de leur part.

L’entrainement allait bon train lorsqu’ils furent interrompus par un grand fracas venant de l’entrée de la caserne. Sur le moment, Yao Shih ne fit rien se disant que les gardes auraient rapidement les choses en main. Toutefois, il était en train de corriger un jeune soldat sur sa position de base à l’épée lorsqu’un autre soldat vint les interrompre. L’intrus s’inclina bien profondément devant Yao Shih.


— Que se passe-t-il? Tonna le général qui n’était pas ravi d’être ainsi dérangé.

— Pardonnez-moi, Maître Lai, mais il y a un drôle de bonhomme à la porte qui demande à voir un haut gradé. Je crains qu’aujourd’hui, vous soyez le seul présent à la caserne.


Yao Shih soupira. Il est vrai qu’aujourd’hui, il n’avait croisé aucun de ses confrères. Visiblement, il n’avait pas le choix de s’en occuper s’il voulait que tout ce bruit s’arrête. Le général regarda l’un de ses capitaines.

— Continuez l’entraînement. Je ne serai pas long.

Le général prit ensuite les devants en direction des grandes portes de la caserne. Il avançait d’un air impérieux et décidément pas très avenant. Derrière, le soldat trottinait sur ses talons tout en essayant d’avoir l’air le plus fier et noble possible. Après tout, il escortait Lai Yao Shih, ce n’était pas n’importe qui.

Quelques instants plus tard, les deux hommes arrivèrent enfin. Il n’était pas difficile de deviner parmi les autres soldats que Yao Shih n’était pas comme eux. Il ne portait pas d’uniforme. Il était vêtu entièrement de noir et si sa tenue était sobre, le tissu était très riche. On pouvait voir de somptueuses broderies ton sur ton qui courraient le long de son torse. Il n’était pas armé à l’exception d’une dague accrochée à sa ceinture. Il ne s’en séparait jamais. C’était avec cette même arme qu’il avait achevé Bing Qing quelques années plus tôt. Ses cheveux étaient à moitié attachés pour dégager son visage même si quelques mèches l’encadraient stratégiquement pour le mettre en valeur. Il était indéniablement beau, même si pour l’instant son aura était aussi glaciale que la plus froide nuit de l’hiver. L’agacement était clairement visible sur son visage. Il n’aimait pas qu’on le dérange pour rien.


— Les civiles ne peuvent pénétrer en ses murs à moins d’une autorisation spéciale. Retournez d’où vous venez où je vous fais enfermer pour désordre public.

Yao Shih avait dit ses mots sans vraiment regarder à qui il s’adressait. C’est en baissant les yeux qu’il vit cet étrange personnage qui empestait la fumée et était maculé de suie.

— Il y a un incendie près de la caserne?

Le général regarda autour de lui, mais il n’y avait aucun signe d’incendie aux environs. Si ça avait été le cas, il aurait aussitôt fait évacuer la caserne et envoyer les hommes aidés à éteindre le feu. Un incendie en ville aurait eu des répercussions catastrophiques. Tout était en bois et brulait si facilement. Yao Shih se souvenait encore d’un feu qui avait eu lieu alors qu’il était enfant dans un quartier pauvre de la ville. Des dizaines de personnes y avaient trouvé la mort, dont des enfants.

— Qui êtes-vous et comment expliquez-vous votre état? Soyez concis, je n’ai pas de temps à perdre.

Son ton était aussi tranchant que son regard qu’il avait braqué dans les yeux du malheureux. Cela suffirait certainement à lui délier la langue bien que ça ne semble pas vraiment être un problème avec lui avec tout le raffut qu’il ait causé.
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Pang Shao
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MessageSujet: Re: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Ven 25 Mar - 20:44

Pang Shao se rétracta par pure réflexe devant le ton impérieux de l’homme qui venait de lui parler, ce qui pour effet immédiat de faire pouffer de rire l’un des deux portiers tandis que l’autre lui lançait un regard méprisant. En effet, le maître artificier avait immédiatement analysé une personnalité très forte chez celui qui semblait être un très haut gradé de la garnison de Sizheng.

Tout en enlevant son bonnet jaune passablement noirci qui couvrait ses cheveux coupés très court, le pyrotechnicien s’inclina profondément et entama un torrent de politesses rituelles sans s’apercevoir qu’il employait en très grande majorité des formulations qui n’étaient en vigueur qu’au Tongshin. Le mutisme de l’homme qui lui faisait face lui coupa la parole. Craignant quelques représailles dues au tapage causé un peu plus tôt à l’entrée de la caserne, le jeune homme entreprit de justifier les raisons d’un tel tumulte après s’être présenté :


- Salutations noble officier. Je me nomme Pang Shao A-Man, maître artificier de la Confrérie des Artificiers du Tongshin et pyrotechnicien itinérant mettant au service des gens qui ont le désir d’égayer leurs fêtes et autres divertissements mes menus talents en matière de feux d’artifice…

Son interlocuteur garda un visage parfaitement inexpressif nimbé d’une expression glaciale qui mettait Pang Shao relativement mal à l’aise, lui qui arborait en permanence un air jovial et recherchait le contact positif avec toute personne rencontrée. Rassemblant son argumentaire, il ne se démonta pas et reprit sa petite tirade pour le convaincre du bienfondé de son arrivée impromptue et remarquablement bruyante aux abords de la caserne :

- J’ai également, outre mes capacités avec les feux décoratifs pour les festivités, quelques connaissances du feu d’artifice dans un domaine, comment dire, plus … martial. Ma formation à Dinghuan lors de mon tour de compagnonnage m’a en effet appris comment fabriquer ce que les artificiers nomment des « bombes», qui tiennent dans la main et peuvent aider à s’extraire de situations dangereuses et complexes. C’est une subtil mélange de poudre noire, de souffre, de calcaire et de …

Tout en expliquant le concept de la « bombe » avec un langage d’une complexité technique impressionnante et la composition exacte de l’objet, Pang Shao plongea la main dans sa large manche et en retira une petite boule de verre remplie d’une substance grisâtre inidentifiable. Ce geste déclencha immédiatement une réaction défensive des exempts qui baissèrent leurs lances en direction du pyrotechnicien pour protéger l’officier, celui-là même qui montrait des signes d’irritation croissante envers ce drôle de bonhomme tout noir. Comprenant qu’il avait commis une bourde dangereuse pouvant lui valoir une mauvaise blessure, le maître artificier posa lentement sa sphère au sol puis mis ses bras sur sa tête tout en retroussant ses manches pour montrer ses intentions pacifiques. Un ordre de l’officier fit tomber la tension et il ordonna qu’on ramasse le petit objet, l’un des deux portiers s’exécuta puis attendit des instructions.

Voyant qu’il avait des chances de convaincre l’homme au centre dont il ignorait toujours l’identité, Pang Shao se mit à alors à donner la procédure d’utilisation de sa « bombe », terriblement simple puisqu’il s’agissait simplement de la lancer avec suffisamment de force pour qu’elle éclate au contact d’un obstacle. Le jeune homme n’eut pas le temps de préciser qu’il fallait maintenir une bonne distance avec le point d’impact que le soldat avait déjà envoyé le projectile s’écraser contre une des portes de la rue. La bêtise n’avait pas manqué et une puissante détonation retentit tandis qu’une épaisse fumée blanche jaillissait de l’endroit où la petite boule de verre s’était brisée. On ne vit bientôt plus rien aux abords immédiats de la caserne tant le brouillard généré par la bombe était dense. Toussotant un peu, Pang Shao remercia le Ciel pour lui avoir fait prendre par mégarde une bombe fumigène au lieu d’une explosive qui les aurait sans doute blessé. La purée de pois se dissipa en quelques minutes et il découvrit avec plaisir les yeux exorbités des deux portiers ainsi que le regard intrigué de l’officier. Réalisant qu’il était largement possible de pousser encore son avantage, le maître artificier reprit immédiatement son argumentation :

- C’est l’une de ces « bombes » que je fabrique régulièrement mais ce n’est pas le seul modèle. J’en ai d’autres bien plus dévastatatrices. De plus, il se trouve que j’ai eu ce matin une petite idée quand à une nouvelle utilisation de la poudre… Vous me laissez entrer pour en discuter ?
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Lai Yao Shih
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MessageSujet: Re: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Mer 30 Mar - 13:56

Yao Shih savait qu’il en imposait et de voir ainsi l’inconnu se rétracter lorsqu’il s’avança vers lui donna une petite pointe de satisfaction au général. Il avait devant lui un étrange énergumène qui se lança aussitôt dans un étrange discours dont il ne comprit que la moitié. Apparemment, ça devait être une forme de salutation, mais Yao Shih n’avait jamais entendu de telles formulations. Il resta donc silencieux. C’est son silence qui finit par couper la parole au nouveau venu. Il était temps, car Yao Shih détestait ce genre de personnes. Ce n’était pas un homme qui parlait beaucoup en temps normal, mais ce n’était pas pour cette raison qu’il aimait les gens qui parlaient deux fois plus de lui. Enfin, le regard de Yao Shih encourageait clairement l’inconnu à se présenter convenablement, car il risquait de passer un très mauvais moment sinon.

Ah! C’était donc un artificier et un étranger en plus. Ça expliquait bien des choses. Le général n’avait pas la prétention de connaître tout le monde, mais il connaissait de nombreux visages. Il ne se souvenait pas de l’avoir rencontré en ville, encore moins durant ses voyages. Yao Shih n’aimait pas ce genre de personne. Il n’avait prêté allégeance à personne. Il pouvait donc, sans être inquiété, passer d’un camp à l’autre. C’était une menace potentielle à ne pas négliger. Enfin, le but de sa présence ne tarda pas à être expliqué. Il voulait se mettre au service de l’armée de Sizheng en partageant ses connaissances sur les explosifs. Yao Shih en connaissait un peu sur le sujet et savait que cela pouvait être fort utile et efficace sur un champ de bataille. Toutefois, vu l’état actuel de l’artificier, ses jouets pouvaient aussi lui exploser au visage et tout ce qui risquait de blesser inutilement ses hommes ne plaisait pas à Yao Shih. La guerre était déjà assez terrible ainsi, ajouter un risque d’accident stupide était hors de question. Pang Shao croyait cependant fermement en ses idées. Il s’était maintenant lancé dans une explication qui échappait totalement au général même si son visage, toujours aussi impassible, ne montrait rien. Les autres gardes s’échangeaient des regards incertains. Cet homme cherchait-il a les faire passer pour des idiots? Quoi qu'il en soit, l’artificier ne réfléchissait plus vraiment à ce qu’il était en train de faire, car il fouilla dans ses grandes poches pour en sortir un objet non identifiable. Après le discours qu’il venait de fournir, la réaction fut immédiate. Tout le monde sortit son arme et la pointa vers Pang Shao. Peut-être voulait-il éliminer une des têtes dirigeantes de l’armée sans se soucier de se sacrifier lui-même. Yao Shih avait déjà vu ça avant. Il était incapable de dire s’il s’agissait de bravoure à l’état pur ou de grande stupidité. Il fallait vraiment être convaincu de ses idéaux pour aller jusqu’à sacrifier sa vie. En même temps, c’est un peu ce que le général faisait en allant à la guerre.


— Remettez cet objet là où vous l’avez pris! Tonna Yao Shih d’une voix ferme.

L’artificier s’exécuta. Ou plutôt, il posa l’objet sur le sol très lentement et se redressa ensuite en posant ses mains sur sa tête. Cet homme n’était pas dangereux. Il était inconscient, mais pas dangereux. Néanmoins, Yao Shih restait méfiant. Il regarda un des gardes et lui ordonna de prendre l’objet avec précaution. Apparemment encouragé, Pang Shao se lança dans une explication à propos de l’objet et de son mode d’emploi. Sans réfléchir plus qu’il ne le faut, le garde qui détenait l’objet le lança contre une porte non loin de là, espérant sans doute la faire exploser sans doute. Mu par d’excellents réflexes, Yao Shih se jeta sur le sol au moment de détonation. Toutefois, il ne s’en suivit aucune boule de feu. Non, c’est plutôt une épaisse fumée blanche qui se répandit sur les alentours au point où on ne voyait plus rien du tout. Cette fumée piquait la gorge du général qui commença à tousser. Lorsque la fumée se dissipa enfin, Yao Shih ne tarda pas à réagir. Il se tourna vers le garde qui avait fait éclater la petite boule, terriblement énervé.

— Vous auriez pu tous nous tuer. Pour votre inconscience, vous êtes suspendu pendant une semaine sans salaire. La prochaine fois, n’écoutez pas les ordres de n'importe qui!

Le garde, penaud, s’inclina respectueusement devant le général et retourna à l’intérieur de la caserne. Une fois fait, Yao Shih se tourna ensuite vers Pang Shao qui ne démordait pas sur ses idées. Il était visiblement convaincu de ses idées.

— C’était malgré tout… intéressant. Toutefois, je vois que vos idées ne sont pas tout à fait au point vu votre état actuel. Ce qui risque d’exploser à mon visage et à celui de mes hommes ne m’intéresse guère. D’un autre côté, je préfère encore que ce soit nous qui possédions ces armes et ce savoir plutôt que les armées de Funan…

Il soupira.

— C’est bon, suivez-moi. Mais à l’intérieur, vous ne ferez aucune démonstration de la sorte.

Sans dire un mot de plus, Yao Shih tourna les talons pour entrer dans la caserne. C’était à Pang Shao de le suivre sans s’égarer. Bonne chance, car le général avançait d’un pas vif en direction de son bureau encombré qu’il avait laissé une heure plus tôt.
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Pang Shao
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MessageSujet: Re: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Mer 30 Mar - 19:26

Profondément satisfait d’avoir fait plier les premières réticences de l’officier, Pang Shao s’engouffra à sa suite dans la caserne dont il n’avait pu voir que l’extérieur. La question de savoir s’il était le premier civil à avoir la permission d’y entrer se posa à lui. Une chose était en tout cas certaine : il devait être l’un des rares « sans-allégeance » à y pouvoir pénétrer. Le petit homme fit une grimace à l’idée d’être considéré comme un mercenaire, un homme dont la loyauté changeait en fonction de la taille de la bourse de pièces qu’on lui tendait. Il était d’une fidélité à toute épreuve et préférait de loin le terme « voyageur » pour se qualifier, expression qu’il employait très régulièrement et dont il pouvait décliner une variété impressionnante de synonymes. Le Tongshin avait effectivement la réputation d’être un pays façonneur d’âpres commerçants et de grands explorateurs mais c’est bien la seule qualité qu’on pouvait lui prêter : le conservatisme de la famille royale empêchait tout percée technologique digne de ce nom et le moralisme ambiant était très préjudiciable aux idées nouvelles. Le maître artificier en venait parfois à se demander comment il avait pu avoir accès au savoir qui était désormais le sien.

Tout à ses pensées qu’il était et s’attardant parfois sur les quelques décorations qui parsemaient à de rares exceptions les murs désespéramment austère du bâtiment de la garnison, Pang Shao se laissa peu à peu distancer par l’officier qui marchait à grandes enjambées vers une destination connue de lui seul. Il ne s’en aperçu qu’au détour d’un couloir, quand il réalisa qu’il n’y avait plus aucun bruit de pas aux alentours. Sentant une sensation d’angoisse monter progressivement en lui face au vide sonore du lieu, il entreprit de revenir méthodiquement sur son chemin. Peut-être avait-il manqué une intersection ? Le bâtiment n’avait pourtant pas l’air si grand de l’extérieur, il lui avait semblé difficile de s’y égarer. Sans doute une tactique d’architecte pour contourner les restrictions de construction au sein de la ville.


Marchant depuis déjà une dizaine de minutes sans avoir retrouvé le gradé, Pang Shao sentit monter doucement mais surement une forme d’irritation vis-à-vis de lui-même et de son manque de concentration. N’y avait-il donc pas quelqu’un qui pourrait lui indiquer le chemin ? Quel ne fut pas sa joie quand il tomba sur un jeune homme qui venait en sens inverse. Le pyrotechnicien se mit en travers de sa route et l’interpella. La réaction ne se fit pas attendre puisqu’il dégaina son épée tout en s’exclamant :

- Que fait donc un civil en ces murs ?!

Le petit homme eut un mal fou à lui faire entendre qu’il n’aurait jamais osé rentrer sans permission, qu’il avait discuté avec un officier vêtu d’une tenue noire richement brodée et dont les cheveux étaient partiellement attachés puis que celui-ci l’avait autorisé à venir parler plus longuement dans à l’intérieur. Le garde, initialement sceptique, sembla réagir à la description que faisait Pang Shao puis rengaina son arme avant de demander au pyrotechnicien de le suivre jusqu’au bureau de cet homme. Une demande qui réjouit au plus haut point le pyrotechnicien, il ne se fit pas prier deux fois pour emboiter le pas à la sentinelle au travers du dédale de couloirs. Moins d’une minute plus tard, l’exempt le plantait devant une porte avec un écriteau annonçant « Bureau du général Lai Yao Shih », porte devant laquelle Pang Shao était passé plusieurs fois sans s’en rendre compte. S’époussetant encore pour faire partir le reste de suie qui s’agrippait à sa tunique, il frappa à la porte et, n’obtenant aucune réponse, se permit de faire jouer la poignée pour l’ouvrir.

L’officier était là, occupé à consulter le fouillis de cartes et divers documents qui encombraient son bureau ainsi que tout le reste de la pièce. Il ne releva même pas la tête quand la porte grinça mais émis un léger raclement de gorge que le maître artificier analysa comme un agacement croissant. Le jeune homme n’invita pas non plus son invité à s’asseoir mais Pang Shao n’aurait pu lui en tenir rigueur étant donné son étourderie, il commença alors à expliquer en toute franchise le but de sa visite :

- Comme je vous l’avais annoncé tout à l’heure, je suis maître artificier civil mais également militaire. Si je me présente à vous, c’est que, soyons francs, j’ai quelques problèmes d’argent suite à un incident dont vous pouvez encore constater les effets. Devant au plus vite rembourser ces dettes, il fallait que je mette au service de quelqu’un mes compétences en matière d’explosions et de feus d’artifice. Ne connaissant personne dans cette ville conséquemment à mon arrivée toute récente, l’humble pyrotechnicien que je suis a pris après quelques péripéties le chemin de la caserne pour vous les proposer. Laissez-moi vous détailler tout ceci : j’ai appris comment fabriquer ces fumigènes dont vous avez pu constater l’efficacité, je les ai amélioré, j’en ai également imaginé de nouveaux dont j’ai quelques exemplaires dans mes manches mais que je me garderais bien de sortir pour éviter les incidents. Je pense également pouvoir vous équiper avec ce qu’on pourrait appeler des « systèmes défensifs explosifs » mais j’ai un autre projet qui devrait retenir votre attention. Voyez plutôt ceci … permettez …


Il prit sous le regard passablement surpris de son hôte l’une des cartes jonchant le bureau ainsi qu’un pinceau accompagné d’encre puis entrepris de dessiner quelque chose que l’homme en face ne pouvait voir. Lorsque Pang Shao eut terminé, il tendit à son interlocuteur ce qu’il venait de croquer et s’empressa de lui en faire l’explication dans un jargon technique simplifié.
Le gribouillis représentait grossièrement une sorte de long tube avec en son bout une tête de dragon : le maître pyrotechnicien lui précisa que l’intérieur était rempli d’un mélange de poudre permettant à la partie supérieur de décoller pour voler sur une distance correcte avant de s’écraser sur un point d’impact relativement précis. Si la tête était pleine d’explosif, il y avait de quoi à composer une arme d’attaque assez puissante. L’artificier regarda l’officier dans les yeux et s’enquit :


- Alors, qu’en dites vous ?
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Lai Yao Shih
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MessageSujet: Re: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Dim 3 Avr - 15:44

Yao Shih n’avait aucune considération pour la grandeur de son invité et du fait qu’il aurait sans doute du mal à le suivre à travers les couloirs d’un lieu qu’il ne connaissait pas en marchant aussi vite. Il n’avait qu’à ne pas se laisser distraire. De toute façon, il n’y avait rien à regarder. Une fois passée la cour, il y avait le réfectoire où les jeunes recrues prenaient leur repas en compagnie des quelques soldats encore célibataires qui n’avaient pas de femme pour leur faire à manger à la maison. Si on prenait le couloir de droite plutôt que celui de gauche comme l’avait fait Yao Shih, on aboutissait dans les dortoirs. Un autre chemin menait vers l’armurerie. Il y avait une forge tout juste à l’arrière de la caserne, dans un bâtiment séparé pour plus de sécurité. Yao Shih se dirigeait vers les bureaux des différents généraux et autres hauts gradés de la garnison. À cette heure du jour, ils étaient pour la plupart inoccupés, mais le général croisa un de ses collègues qui s’en allait manger. Il le salua poliment, Yao Shih n’étant pas du genre à s’attarder pour discuter de futilités. En fait, il n’était pas le plus sociable de cette caserne, mais il s’en moquait, ce n’est pas pour ça qu’on le respectait.

C’est en entrant dans son bureau qu’il réalisa que le petit homme ne le suivait plus. Bon, il s’était peut-être égaré dans les couloirs. Le temps qu’il se rende jusqu’ici, Yao Shih avait le temps de lui faire un peu de place. Il dégagea sommairement un coin pour que son invité puisse s’assoir avant de s’installer à sa place habituelle. Puis il attendit, chose que le général détestait faire. La caserne n’était pourtant pas si grande, où pouvait-il être? Puis l’idée que Pang Shao ait voulu entrer pour faire exploser le bâtiment lui vint à l’esprit. Après tout, il ne connaissait pas cet homme qui pouvait très bien avoir des intentions malveillantes. Une explosion ici tuerait et blesserait sans doute beaucoup de personnes et c’est sans parler des bris matériels. Une réserve d’arme anéantie était un coup dur pour une armée. Il était toujours possible d’en fabriquer d’autres, mais cela prenait du temps et de l’argent.

Yao Shih était en train de réaliser toute l’horreur d’une telle possibilité lorsqu’on frappa à la sa porte. Étant légèrement sous le choc, il ne trouva rien à dire. Finalement, la porte coulissa pour révéler Pang Shao qui avait finalement trouvé le chemin.

— Vous en avez mis du temps. Pendant un moment j’ai cru que vous aviez de mauvaises intentions en venant ici.

Le général n’était pas du genre à mâcher ses mots et n’avait aucun scrupule à dire ce qu’il pensait réellement. Pour l’instant, il n’aimait pas beaucoup Pang Shao et sans doute que le principal concerné pouvait le sentir.

Enfin, le but de cette visite finit par être révélé. Pang Shao avait besoin d’argent et la seule chose qu’il pouvait faire pour en avoir était de « vendre » ses connaissances ou plutôt de se mettre aux services d’un homme qui en trouverait une utilité. Pour l’artificier, Yao Shih était la personne idéale pour lui. Il était à la tête d’une armée qui cherchait toujours le moyen d’être plus efficace sur le champ de bataille. Sans se gêner, Pang Shao prit une des cartes qui se trouvait sur son bureau et commença à dessiner dessus. Le petit homme ne le remarqua sans doute pas, mais le général était en train de le foudroyer du regard. Il était en train de détruire une des premières cartes qu’il avait faite en tant que général!

— Vous détruisez mes biens! Tonna Yao Shih sans même jeter un coup d’œil au croquis de Pang Shao.

Toutefois, il finit par regarder ce que l’homme avait dessiné. L’enthousiasme de Pang Shao était palpable, peut-être un peu trop en fait compte tenu des circonstances. Cet homme aimait s’amuser avec de la poudre noire, une chose aussi dangereuse que spectaculaire. Son état actuel montrait qu’il ne maîtrisait pas tout à la perfection et Yao Shih craignait les accidents.

— Cette chose a une drôle de tête…

Yao Shih regarda l’engin pendant un moment avant de regarder l’artificier.

— Je ne sais pas. J’ai tendance à me méfier des choses qui pourraient échapper à tout contrôle. Si une de ses choses venait à mal fonctionner et à exploser alors que 20 hommes se trouvent près d’elle… Ces 20 hommes risquent de mourir ou d’être grièvement blessés. C’est une perte inutile et parfaitement évitable. Puis vous avez dit vous-même que c’était relativement précis. Moi je veux quelque chose de parfaitement précis.

Le général pouvait être intraitable quand il s’y mettait. Yao Shih se redressa sans quitter des yeux l’artificier. Son visage parfaitement impassible ne laissait rien voir de ses véritables intentions.

— Toutefois… Vos choses de fumée dont j’ai eu la démonstration un peu plus tôt présentent un certain intérêt. J’imagine qu’elles pourraient se montrer utiles si un de mes hommes se retrouvait en fâcheuse situation. Hum…

Yao Shih réfléchissait. Il préférait nettement avoir cet homme de son côté, même s’il risquait d’être une catastrophe ambulante. S’il décidait de le garder ici, il était hors de question qu’il effectue ses expériences à la caserne.

— À combien s’élève votre dette?
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Pang Shao
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MessageSujet: Re: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Jeu 7 Avr - 17:45

Pang Shao s’étonna de voir que la conversation tournait plutôt bien pour lui, le général s’étant même enquit du montant de ses dettes malgré toutes ses réticences. Intérieurement satisfait de voir qu’il pouvait peut-être solutionner ses « légers » problèmes d’argent, le maître artificier entreprit d’expliquer la situation de manière à ne pas trop choquer son employeur potentiel :

- Et bien, cela dépend de quelle monnaie vous usez pour chiffrer mon petit déficit : au Tongshin, où l’on préfère les taels d’argent, je dirai qu’il y en a bien pour quelques centaines. En ligatures de sapèque, on pourrait l’estimer à plus ou moins dix milles et il n’est pas convenable de mentionner entre hommes de bonne nature la somme en papier-monnaie…

L’officier se décomposa littéralement devant les chiffres annoncés après ce que le pyrotechnicien pensa être une estimation en monnaie de Sizheng. Pang Shao reconnaissait que la somme pouvait paraître quelque peu exorbitante pour les services qu’il offrait et encore, il n’avait intégré que l’arrière-cour de sa logeuse en piteux état et le matériel de base pour ses confections qui devait être remplacé. Des réalisations de meilleure qualité digne de ce client potentiel pouvait encore faire grimper la note en raison de la rareté de certains matériaux rentrant dans la composition de ses fusées. Toutefois, ce qu’il apportait, cette nouvelle invention, était capable de renverser la conception de la guerre pour peu que soient corrigés les défauts nécessaires au chemin de la perfection. Reprenant son plaidoyer, il expliqua ce dont il avait besoin pour se mettre au travail en justifiant chaque point, au risque de perdre son interlocuteur :

- Il sera nécessaire que je puisse disposer d’une salle relativement large bâtie en pierre ou tout autre matériau non-inflammable pour éviter tout risque d’incendie bien qu’il y ait peu de chances que cela se produise ; toutefois celle-ci devra également disposer d’un accès suffisamment large à l’air libre pour que je puisse procéder aux expérimentations. J’aurai également besoin d’un assistant doté de connaissances de base en pyrotechnie pour me seconder dans la création de ce projet qu’il conviendrait de ne pas ébruiter aux oreilles de vos hommes, afin d’éviter tous risques de fuite malencontreuse. Il me faudra de même un logement et le couvert pour pouvoir consacrer toute ma concentration à la réalisation de cette idée nouvelle …

Le petit homme passa de même en revue les différents matériaux qui rentreraient dans la composition de ses armes de la boule fumigène à la mystérieuse fusée-dragon qu’il venait d’imaginer. Le nom « Fusée-dragon » lui plaisait beaucoup car, outre le fait qu’il s’inspirait manifestement de l’ornementation au sommet du feu d’artifice, il avait pour mérite d’entretenir un certain mystère nimbé de crainte autour de l’objet pour ceux qui n’en auraient jamais entendu parler. Tout en constatant que le général Lai Yao Shih s’était redressé et semblait avoir écouté son discours sans toutefois y accorder toute son attention, il entreprit dans un élan de caractère spontané et totalement insoupçonné de repréciser ses convictions personnelles sur la loyauté et ses capacités car il savait pertinemment que l’officier le soupçonnait ouvertement d’être sans foi voire carrément dangereux pour Sizheng. Ne l’avait-il pas accueilli dans son bureau avec une suspicion de sabotage ? :

- Concernant le montant que je demanderai pour ce service, considérez qu’il passe dans le remboursement de la dette que j’ai envers ma logeuse, je n’ai pas d’autres requêtes à ce niveau-là. De plus, je tiens à préciser que tout ce qui est réalisé pour un client reste à l'exclusivité de celui-ci, je suis tenu par le secret professionnel. Quant à mes compétences dont vous semblez manifestement douter en raison du petit incident qui m’a passablement noirci de la tête aux pieds, sachez que je suis tout à fait capable de vous équiper correctement avec du matériel moderne de bonne facture même si mon savoir n’atteint pas celui des plus grands maîtres-artificiers.

Il arrêta là sa réplique, regrettant intérieurement ces paroles un peu cavalières qui pouvaient tout à fait lui aliéner cet employeur potentiel. Dans l’expectative, il attendit une réponse positive ou négative de ce général à l’aura on ne peut plus glaciale.
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Lai Yao Shih
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MessageSujet: Re: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Mar 26 Avr - 4:03

En temps normal, Lai Yao Shih n’est pas du type radin. Il est près de son argent et veille à ne pas trop faire de dépenses inutiles, mais il lui arrive effectivement d’en faire. Yao Shih admet sans peine qu’il faut savoir se faire plaisir dans la vie. C’est plutôt étrange venant d’un homme renommé pour être plutôt taciturne et sans éclat. Pourtant, il suffisait de pénétrer dans sa maison pour découvrir les goûts de luxes du général. Il appréciait l’art et les objets anciens. Il recherchait la qualité, uniquement, admirant avec plaisir l’habileté des artistes qui fabriquaient ces œuvres. Évidemment tout cela avait un coût, mais pour Yao Shih, ce n’étaient pas des dépenses inutiles. Non seulement il en avait les moyens, mais en plus, il se voyait comme un conservateur. Il prendrait grand soin de ses objets avant de les transmettre à ses descendants et ainsi de suite, permettant ainsi aux générations futures d’apprécier à leur tour ces objets et l’histoire dont ils ont été témoins. Oui, le général a un côté romantique indéniable, mais gare à celui qui en fera la remarque. Bref, tout cela pour dire que si quelqu’un venait à faire exploser une partie de sa maison, la dette à rembourser serait énorme, plus conséquente que celle accumulée par Pang Shao même si le général haussa un sourcil lorsque l’artificier lui avoua l’ampleur des dégâts. En fait, cette somme était énorme pour la plupart des habitants du royaume. Si énorme qu’il faudrait plusieurs années de durs labeurs pour en venir à bout. Voulait-il que Yao Shih le rembourse? C’est probablement ce qu’il voulait en offrant ses services au général, mais ce dernier était récalcitrant à l’idée de lui donner autant d’argents, surtout que ça ne suffisait pas dans les faits.

— Avec toutes les exigences que vous avez, vous dépassez largement le simple remboursement de votre dette, maître Pang Shao.

Yao Shih se redressa légèrement en soupirant. Il ne quittait pas du regard son invité, réfléchissant à toute vitesse sur la suite des évènements. Malgré qu’il soit une source d’ennuis potentiels, Pang Shao était indéniablement intéressant. Du moins, ses compétences l’étaient pour le royaume. Toutefois, c’est Yao Shih qui en aurait la responsabilité et ça ne l’enchantait guère. C’est son propre argent qu’il devra investir et il n’est même pas certain des résultats. Pire encore, Pang Shao pourrait tout détruire à nouveau. Si c’était le cas, tous les efforts investis n’auraient servi à rien.

— Le problème majeur ici et que c’est mon argent que je devrai investir si j’accepte vos services. Il n’est pas simplement question de rembourser vos dettes, mais de vous trouver aussi tout un tas de choses pour mener à bien vos expérimentations et ça représente beaucoup plus d’argent. En plus, je n’aurai aucune garantie que tout cela va fonctionner. Bon, si je perds cet argent, je ne me retrouverai pas ruiner, mais c’est une question de principe. Et encore, si vos expériences devaient tuer par accident des innocents, je risque de perdre mon poste et là, ça serait ma ruine. Vous me demandez de prendre d’énormes risques.

Yao Shih plongea son regard dans celui de Pang Shao comme s’il cherchait à tester l’homme à nouveau, voir s’il était vraiment sincère.

— Je crois que je vais faire rédiger un contrat… Quelque chose qui me libéra de toutes responsabilités si jamais vous faites tous exploser encore une fois. Je ne suis pas le genre d’homme à me défiler, mais parfois, il faut savoir le faire. Je vais vous donner l’argent nécessaire pour vos expériences, mais si cela tourne mal, non seulement vous aurez la logeuse à rembourser, mais à moi aussi vous verserez un dédommagement, c’est compris? Quant à l’endroit où vous mènerez vos expérimentations, il est hors de question que ce soit chez moi ou en ville. Sur mes terres, il y a un vieux bâtiment à l’abandon. Les murs sont de pierres et même si le toit est à moitié effondré, il est possible de le réparer. Dans les premiers temps, vous dormirez chez moi, mais si le moindre explosif devait entrer chez moi, je vous découpe en morceau, compris?

Le général avait pris sa décision. Il était prudent avec l’histoire du contrat, mais il ne devait pas prendre de chance. Il prenait quand même un gros risque et Pang Shao devra se montrer à la hauteur. Personne ne veut décevoir le général Lai Yao Shih.
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Pang Shao
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MessageSujet: Re: C'est beaucoup mieux quand ça fait BOUM!   Mar 26 Avr - 19:57

L’offre conditionnelle mais positive que le général Yao Shih venait de faire à Pang Shao laissa ce dernier passablement surpris et ce pour plusieurs raisons. En premier lieu, il était embauché, ce qui le laissa pantois, surtout qu’il estimait n’avoir pas mené les négociations au mieux de ce qu’il aurait pu. Ensuite, Lai Yao Shih le logeait temporairement chez lui tout en lui fournissant une bâtisse qu’il faudrait toutefois retaper sur son terrain privé. Le maître artificier se sentit honoré d’être ainsi hébergé chez l’un des hommes qui façonnait l’Histoire de Sizheng en même temps qu’il prit presque en offense le fait d’être relégué à bonne distance de toute civilisation pour ses expérimentations : la confiance de l’officier dans ses capacités était très loin d’être acquise comme le démontrait l’idée de signer un « contrat ». Un mot méprisé au Tongshin et particulièrement au sein de l’aristocratie qui considérait que la nécessité de mettre une parole pourtant sacrée par écrit afin d’en confirmer la valeur convenait uniquement aux gens à la foi douteuse. Enfin, le général s’engageait quand même à couvrir les dépenses nécessaires aux progrès scientifiques inhérents à ses travaux en matière de pyrotechnie mais aussi dans d’autres domaines qui confinaient dans l’esprit des simples au domaine de la magie… Pang Shao se retint cependant de faire mention de ce dernier au risque de passer pour un hérétique au cas où son futur employeur se révélait pieux, ce dont il doutait au passage, mais ne pris pas de risques. Un point attira particulièrement son attention ; Yao Shih s’engageait à le financer sur ses propres fonds et non ceux alloués à l’armée comme le pyrotechnicien l’imaginait. La question ne le préoccupa guère plus que quelques secondes car il percevait tout le bienfait de recevoir du travail après une si longue période d’inactivité aux conséquences désastreuses.

Pang Shao s’inclina profondément pour marquer son assentiment puis attendit que le général termine de rédiger le « contrat » qui devait les lier. L’artificier espérait que ce ne serait que temporaire, que son employeur pourrait surpasser sa méfiance à son égard et qu’il serait bientôt à même de rembourser la dette de sa gentille logeuse qu’il n’avait pas envie d’indisposer trop longtemps. Le bout de papier fut rapidement noirci de caractères finement mais élégamment tracés, en accord avec le style à la mode à la Cour de Sizheng, puis le maître artificier apposa sa double signature après avoir soigneusement l’avoir lu. Double signature car en caractères de Sizheng et en alphabet du Tongshin, ce qui traduisait une très forte implication de loyauté malgré le mépris du contrat écrit.

Yao Shih reprit le papier, le saupoudra de salpêtre pour qu’il sèche puis le rangea relativement soigneusement dans un tiroir de son bureau. Ne sachant que faire à présent alors même qu’il avait du travail mais pas de moyens pour l’exercer, Pang Shao s’inclina à nouveau et attendit les directives de son nouveau « logeur ». Celui-ci s’affairait à remplir quelques autres papiers sans doute codés car le jeune homme n’arrivait pas à saisir le sens, encore moins la signification. Relativement à l’aise avec les langues, il s’imagina pouvoir lui aussi coder des documents avec un langage connu de peu ; l’évidence s’imposa peu après : toutes ses recherches devaient être protégées contre d’éventuels espions qui auraient à cœur de copier sans vergogne le travail accompli et de le répandre dans les Royaumes de Jade. Or cela ne pouvait arriver au nom de l’exclusivité de l’invention qu’il venait d’accorder à son client. Pang Shao se promit d’y réfléchir plus tard puis prit subitement la parole :

- Général, je vous remercie de la bonté que vous avez à mon égard. J’essaierai de ne pas vous importuner et vous promets de ne causer aucun dégât à votre domaine. Je me permettrai de commencer à faire rénover le bâtiment que vous confiez dès que vous m’en donnerez l’autorisation : il faudra peut-être l’agrandir et y effectuer des aménagements spéciaux. Ensuite, j’imagine que vous souhaitez que ce projet reste secret le plus longtemps possible, aussi faudrait-il que les curieux soient tenus à distance de la manière qui vous conviendra le mieux. Je vous ferai parvenir une liste de ce dont j’ai besoin pour commencer à travailler mais dans l’immédiat, un matériel de base devrait suffire pour les prototypes. Pour l’assistant, je sais où le trouver si vous me donnez quelques piécettes pour l’intéresser au projet …
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