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 La Mésange & le Tigre [Chapter. I]

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Yuan Liu Biu
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MessageSujet: La Mésange & le Tigre [Chapter. I]   Sam 26 Sep - 14:30

Les langues parlaient beaucoup à Sizheng. Les rumeurs avaient tôt fait de venir s’immiscer dans les oreilles du Premier Ministre, qui tiquait à chaque fois que l’on faisait allusion à un complot contre elle et la Reine. Mais rien ne pouvait la déstabiliser ; elle connaissait son influence et son pouvoir, et ne pouvait pas laisser ces rumeurs semer la panique alors que la trêve venait tout juste d’être annoncée. La jeune Liu Biu était, comme à son habitude, assise à côté de sa fenêtre, jouant du Pipa. Comme à son habitude, les tissus bleu pastel qu’elle portait étaient drapés tout autour de son corps, apportant une touche de fantaisie au tableau déjà bien lumineux. Sa musique était rapide et énergique, à l’inverse de son regard qui était pensif et fixe. Ses cheveux étaient noués en deux queues hautes, de chaque côté de sa tête, et les parures qui les décoraient en faisaient se retourner quelques mèches longues ; une coiffure à la fois légère et très travaillée, en somme. Comme toujours.

La demoiselle aurait pu jouer encore longtemps du pipa si un oiseau n’avait pas fait irruption dans la pièce ; un petit rossignol. Liu Biu stoppa ses doigts et releva son visage vers l’animal, qui chantait devant elle. Comme si elle eu un déclic, elle quitta sa chaise, posant l’instrument contre le mur, et s’avança vers la porte, saluant le petit oiseau d’un geste doux de la main. Le long couloir qui menait son appartement vers la pièce principale était gardé par des femmes majoritairement ; normal que certains hommes se mettent un peu à complexer. Mais il s’était avéré que ces femmes étaient plus compétentes et dignes de la confiance du Premier Ministre…

« Fang, Cai, suivez moi. »

Les deux gardes nommées quittèrent leur poste d’un pas vif et se placèrent à l’arrière de Liu Biu, qui semblait particulièrement sûre d’elle -et de ce qu’elle entreprenait de faire. Une rumeur dans Sizheng parlait de la présence d’un mercenaire qui cherchait la bagarre, du moins, de potentiels adversaires. Pour plusieurs raisons, Liu Biu ne pouvait pas le laisser s’attaquer à n’importe qui dans le royaume. Elle se doutait qu’il devait traîner dans les environs, car depuis quelques jours tous les soldats restaient aux alentours du château, par mesure de précaution.

Une fois hors du château, la jeune femme expliqua à ses deux gardes qu’elles devraient rester en retrait une fois arrivées à leur but. Sur le chemin, les petites filles couraient vers Liu Biu, et celle-ci, malgré son empressement, ne pouvait les ignorer. Regroupées autour d’elle, les fillettes lui montraient leur poupée, leurs cheveux, leur robe, ou autre. Tentant d’abréger, Liu Biu les félicita toute et prétexta une mission -celle de « vite retrouver sa maman sinon elle se fera tirer les oreilles »- afin de ne pas traîner. Sous l’œil plein d’espoir de ces jeunes demoiselles, elle reprit sa route en direction… de l’Auberge.

L’auberge était, et tout le monde le sait, l’endroit où l’on racontait le plus de potins, où toutes les rumeurs naissaient, et surtout, où l’on trouvait le plus de mercenaires. Ces derniers n’ayant aucune allégeance, ils se retrouvaient souvent dans un endroit où ils ne risquaient pas d’être suspectés et capturés -même si, à l’heure actuelle, il y avait beaucoup moins d’emprisonnement. Malgré la mauvaise graine qui pouvait y traîner Liu Biu n’hésitait pas une fraction de seconde ; lorsqu’elle passa les portes de l’auberge, quelques personnes la fixèrent en se demandant ce qu’elle faisait ici, tandis que d’autres se contentaient bêtement de la fixer en songeant à diverses choses, parfois malsaines, mais passons. Quand l’aubergiste l’eue repérée, elle s’avança vers lui et demanda quelque chose que personne sauf lui ne put entendre. D’un coup de tête, il lui indiqua une table, à laquelle se trouvait « la » personne qu’elle était venue chercher… d’un seul regard, les gardes comprirent qu’elle devaient tenir à distance tous les curieux qui avaient l’intention de venir la déranger. Non, Liu Biu n’était pas du genre à se cacher du peuple ; raison pour laquelle elle avait conservé sa tenue habituelle. Elle ne manigançait rien ; on la savait honnête, franche et juste. Alors de quoi s’inquiéter ?

D’un pas un peu plus calme, limite félin, la jeune femme s’approcha de la table et s’installa en face du mercenaire ; Shao Xia. Son nom avait été plusieurs fois prononcés, tant du côté de Sizheng que du côté de Funan. Cet homme ne marchait que pour ses propres intérêts, et elle savait qu’il lui faudrait une bonne récompense ainsi qu’une bonne motivation pour qu’il puisse lui apporter son soutient. Puisque les taupes étaient dans Sizheng…

« J’espère que cela ne vous dérange pas que je m’installe à votre table, Shao Xia ? »




[J'espère que cela te convient. Sinon, MP moi =D]
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Shao Xia
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MessageSujet: Re: La Mésange & le Tigre [Chapter. I]   Sam 26 Sep - 15:31

Depuis l’instauration de la paix, les temps étaient plutôt difficiles pour les mercenaires. Ceux qui n’avaient pas pensé à économiser les pièces de jade gagnées s’étaient déjà résignés à quitter Funan et Sizheng en direction d’autres territoires, dans l’espoir de trouver un conflit pouvant payer leurs dépenses et renflouer leurs caisses. Ceux qui, au contraire, avaient eu la présence d’esprit de mettre un peu d’argent de côté pouvaient se permettre de rester encore un peu. Mais les temps de paix n’apportaient jamais rien de bon aux mercenaires : tôt ou tard, il faudrait bouger. Shao Xia en avait bien conscience. Ses réserves de jade s’amenuisaient à vue d’œil. D’ici peu, il serait bien obligé de faire son baluchon et de partir sur les routes. Il y avait toujours du travail pour les mercenaires, quelque part. Et comme Shao Xia n’avait aucun autre talent – la confection de hanfu n’étant absolument pas son fort – il devrait un jour ou l’autre décider de quitter la région pour retrouver du travail.
Là en étaient ses conclusions ce jour-là. Attablé à l’auberge qui l’avait accueilli, le jeune homme réfléchissait à ce qu’il comptait faire, aidé bien sûr par un verre de baijiu. Il fallait admettre que, même si la culture du riz n’était pas la spécialité de Sizheng, leur alcool avait un goût loin d’être déplaisant. Ah, pourquoi n’avait-il pas fini à Funan, plutôt qu’ici ? Il aurait pu dépenser ses dernières pièces de jade à la maison close...

Des intérêts de Sizheng ou de Funan, Shao Xia ne savait rien et ne voulait rien savoir. Il n’était pas là pour la politique. D’ailleurs, il reconnaissait très humblement – chose rare – qu’il n’était pas assez intelligent pour ça. Ce qui le distinguait, c’était sa force, ou plutôt, son talent au combat. Il n’était pas encore tombé, preuve qu’il était bien plus doué que le commun des mercenaires. Il était jeune et en bonne santé, sain d’esprit : quoi de mieux pour participer à des combats intéressants ? Mais la paix... Même si ça n’était que relatif et très précaire, Xia avait une sainte horreur de la paix. Comment pouvait-il vivre s’il n’y avait plus de guerre ? Comment pouvait-il seulement prouver qu’il était le plus fort s’il ne pouvait plus se battre ? Oh, il avait bien pensé à faire quelques combats de rue, en pariant sur sa victoire, mais ça n’avait pas d’intérêt. Non, seul le combat avait de l’importance.
Seul, donc, Shao Xia ruminait des pensées qui tournaient principalement autour de la « bêtise de la paix », des « stupides traités » entre les Royaumes et des « coups bien placés » qu’il aurait aimé donné à quelques personnes de Sizheng et de Funan. De toute façon, il n’était le bienvenu nulle part. Personne ne lui faisait confiance, personne ne s’occupait de lui : au mieux, on l’évitait. Au pire... Shao Xia préférait le pire, en fait. Ça permettait de ne pas rouiller, et Zhen Feng avait besoin de sortir de son fourreau de temps en temps.
Dans l’auberge, les conversations allaient bon train. Certaines rumeurs étaient intéressantes, d’autres n’avaient pas le moindre intérêt. Xia avait tendu l’oreille lorsqu’on avait parlé d’un message disparu. Ça, c’était intéressant. Qui disait messager perdu dans la nature, disait probabilité de déclaration de guerre. Il suffisait d’attendre que la rumeur enfle et parvienne aux oreilles de la Petite Reine, et tout irait très vite. La gamine était impulsive... Xia eut un sourire à cette pensée. Sirotant son baijiu, il laissa son regard se perdre dans la masse, sans vraiment la regarder.
Pourtant, si son champ de vision était pour le moins obscurci par l’alcool qu’il buvait, il ne manqua pas de remarquer l’entrée de la femme. Magnifique fut le premier mot qui lui vint à l’esprit – un autre devait s’imposer à lui plus tard, mais nous n’en sommes pas encore là. Il n’ignorait pas qui elle était. Yuan Liu Biu n’était pas du genre à se cacher dans le château de la gamine ; ses escapades parmi la population de Sizheng étaient bien connues, et son visage l’était tout autant. Le Premier Ministre de Sizheng en personne. L’aubergiste avait-il déjà eu un tel honneur ? Sûrement pas, à en voir la déférence avec laquelle il s’inclinait sans cesse devant elle. La scène arracha un sourire amusé au mercenaire... sourire qui se figea quelque peu lorsque la jeune femme s’approcha de lui.
Il la regarda s’installer, et s’il avait paru déstabilisé par son arrivée, il retrouva bien vite son visage habituel. Sourire narquois et regard lourd de sens. Shao Xia aimait les femmes et ne manquait pas de le faire savoir. Et après tout, cette femme n’était pas son Premier Ministre : pourquoi aurait-il dû avoir un autre comportement ?

« Faites donc. Je trouvais justement que je manquais de compagnie. »

Il leva le regard vers les deux gardes de la jeune femme, toujours en retrait. Parfait. Qu’elles restent en arrière, elles n’avaient pas à entendre ce qu’ils avaient à dire. Shao Xia préférait être seul avec la femme qui lui plaisait ; être interrompu n’était pas son fort. Il leva son verre en direction de l’aubergiste. L’homme comprit rapidement et en apporta un autre, qu’il posa devant Yuan Liu Biu. Après maintes courbettes et un regard noir de Xia, il finit par partir, les laissant de nouveau seul.

« Que me vaut le plaisir de recevoir le Premier Ministre de Sizheng à ma table ? demanda le mercenaire en remplissant d’alcool le verre de la jeune femme. N’avez-vous donc pas peur que de terribles rumeurs naissent de cela ? Le Premier Ministre, s’acoquinant avec mercenaire... ça n’a rien de très sérieux. »

Il eut un sourire amusé et leva son verre, attendant qu’elle trinque avec lui. Il se doutait bien qu’elle n’était pas là pour les délices de la chair, même si c’en était dommage. Les femmes intelligentes ne se laissaient jamais prendre au piège. Mais il pouvait bien joindre l’utile à l’agréable, n’est-ce pas ? Si elle était venu pour l’engager, il pouvait tout de même jouer un peu...
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Yuan Liu Biu
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MessageSujet: Re: La Mésange & le Tigre [Chapter. I]   Sam 26 Sep - 21:15

L’avantage d’être haut placé au sein du royaume était d’avoir accès à certaines informations très facilement. On ne refusait rien à son Seigneur ou à son Premier Ministre, surtout si ce sont de ravissantes jeunes femmes. Sans qu’elle ne connaisse les points faibles de Xia, elle était cependant sûre et certaine de pouvoir obtenir ce qu’elle voulait si elle utilisait les bons arguments… comprenez aussi bien le charme, que le marchandage. Tranquillement, la demoiselle s’installa, croisant les jambes, dévoilant un bout de cheville où la peau était toujours aussi pure ; elle ne quittait pas le mercenaire des yeux, et remercia brièvement l’aubergiste quand il lui déposa son verre. Demeurant silencieuse, elle attendit que Xia pose la question qui ne tarda pas à venir, une fois qu’ils furent tranquilles.

Il lui fit remarquer que cette rencontre pouvait faire naître des rumeurs ; elle n’en avait que faire. Vu le nombre de fois où on l’avait vue en présence de diverses personnes, plus aucun ne s’étonnait de la voir avec un mercenaire. Cela dit, la voir dans une auberge était plutôt inhabituel en soit ; on savait que chacune de ses apparitions dans les environs était parce qu’elle avait un problème à résoudre. Mais lequel ? Oui, les rumeurs circulaient… mais elles circulaient comme l’eau coule de l’amont en l’aval ; continuellement. Sans fin, les rumeurs se créaient et mourraient avec le temps. Alors, c’était bien le cadet de ses soucis…
Elle prit donc le verre d’alcool délicatement, geste qui distinguait bien les hauts placés des gens du peuple, mais ne trinqua pas. Elle se contenta de le reposer un petit peu plus loin, signe qu’elle ne désirait pas boire.

« Navrée, je n’ai point envie d’alcool. Cela dit, Shao Xia, le peuple aime les rumeurs, il aime suspecter et douter de l’ordre, sans pour autant ne plus le respecter et l‘aimer. Je ne crains pas les rumeurs, car quoiqu’elles disent, le mensonge ne m’atteint pas. »


Se redressant un peu sur sa chaise, Liu Biu se pencha en direction du mercenaire.

« Tout comme moi, vous savez que les rumeurs vont bon train dans les auberges, et que plusieurs d’entres elles sont intéressantes. Seulement, une mérite qu’on y prête une attention toute particulière. »

Non, Liu Biu n’était pas du genre à tourner autour du pot, loin de là. Elle était plutôt directe quand il s’agissait d’engager quelque un car elle n’aimait pas perdre son temps. Elle donnait peut-être l’impression d’être souvent disponible tant elle consacrait du temps au peuple, mais elle n’en demeurait pas moins le Premier Ministre, avec à sa charge une multitude de tâches que personne ne lui enviait. Sachant que Shao Xia devinait à peu près la raison de sa présence, la jeune femme laissa un temps de réflexion pour qu’il songe déjà à sa réponse, avant de déclarer, naturellement :

« Vous serez payé et récompensé, cela va de soit. »

Un fin sourire vint étirer les lèvres du Premier Ministre, dont le regard parcourait le visage du jeune homme, traquant le moindre signe d’hésitation. Mais elle ne lui sauterait pas à la gorge ; ce n’était pas son genre. Cependant, elle lui laissait l’occasion de choisir ; soit il ne connaissait -pour le moment- rien de très concret concernant la mission qu’elle voulait lui assigner mais il acceptait tout de même, soit il refusait et elle irait s’adresser ailleurs, sachant que les mercenaires étaient monnaie courante, ici et là. Liu Biu posa un coude sur la table, avant de pencher légèrement la tête sur le côté, ses fins doigts venant se poser dans sa chevelure. Un petit air charmeur qui pouvait sous-entendre bien des choses, mais qui servait plus de moyen de persuasion qu’autre chose. Mais peut-être était-elle en mesure de lui offrir un des plaisirs qu’il recherchait ; et là, ce n’était pas une offre négligeable…
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Shao Xia
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MessageSujet: Re: La Mésange & le Tigre [Chapter. I]   Sam 26 Sep - 23:27

Alors, c’était ainsi ? Il devait accepter une mission dont il ne savait rien, pour les beaux yeux d’une femme splendide qui lui faisait clairement comprendre qu’il n’avait rien à attendre d’elle ? Shao Xia n’était pas stupide. Il savait qu’il n’obtiendrait rien de ce qu’il désirait – du moins, rien d’autre que du jade. Il se renversa un peu en arrière, le bras appuyé sur le genou, et leva son verre pour désigner la jeune femme. Ah, les femmes d’importance étaient toujours si réservées... Dommage.

« Payé, j’entends bien. Mais récompensé... Comment comptez-vous récompenser un mercenaire ? Par un titre de lieutenant ? »

Lieutenant. Shao Xia n’avait jamais obéi qu’à lui-même : il lui aurait été difficile de devenir un officier aux ordres d’un général important. Ça n’avait même jamais été son souhait. Elle ne devait pas l’ignorer. Après tout, il était un mercenaire comme les autres. S’il avait voulu être un jour lieutenant de l’un ou l’autre des Royaumes, il se serait enrôlé dans l’armée, tout simplement. Non, le Premier Ministre de Sizheng avait autre chose en tête.
Avec un sourire, le mercenaire porta son verre à ses lèvres, le vida d’un trait et se pencha de nouveau en avant pour le remplir. Il en profita pour inspirer légèrement et s’enivrer du parfum de la jeune femme. Si elle avait fait le moindre geste signifiant son intérêt, Xia ne l’aurait pas laissée insatisfaite. Néanmoins, elle était là pour sa mission. Ses sourires, ses regards, ses gestes, rien n’était réel. Elle ne mentait que pour s’attribuer ses services, preuve, une fois encore, qu’il était assez fort pour susciter l’intérêt des dirigeantes de Sizheng. En définitive, il était plus fort et plus intéressant que toute la pléiade de mercenaires et même d’officiers que ces femmes avaient à leur disposition.
Shao Xia savait qu’il n’avait pas le choix. Sa bourse s’amincissait à vue d’œil. Si la guerre ne reprenait pas, il ne pourrait pas s’éterniser ici, et il ne pourrait pas prouver sa valeur. Curieusement, même s’il n’avait aucune affection ni pour Sizheng ni pour Funan, il s’apercevait qu’il n’avait pas vraiment envie de quitter cette région. Après tout, c’était ici que son nom commençait à être connu. Les dirigeants de l’un ou l’autre des deux Royaumes de Jade connaissaient son talent. Ici, il pourrait devenir un combattant reconnu pour sa valeur, peut-être même plus. Ici, on se souviendrait de son nom et on le comparerait à celui des plus grands héros.
Mais quelle pouvait bien être la rumeur qui intéressait ainsi le Premier Ministre ? La disparition d’un messager fantôme que l’on attribuait à l’armée de Funan ? Ou celle des complots qui seraient ourdis à la cour de Wang Li Mei ? Qu’est-ce qui avait le plus d’intérêt, selon Yuan Liu Biu ? Il y avait des tas qui circulaient, surtout dans les auberges. Depuis qu’il était ici, Xia ne comptait plus le nombre d’idioties qu’il avait pu entendre. Si on ajoutait à ça les rumeurs concernant le Premier Ministre elle-même ou celles ayant trait à la venue de Lu Zaizhuan à Sizheng, il y avait de quoi alimenter les conversations pour les trois siècles à venir. Avec un léger rire, Xia appuya ses coudes sur la table et se pencha vers la jeune femme pour murmurer :

« Très bien. Je vous écoute. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Je présume que ça ne concerne pas les complots à la Cour : je ne peux pas y entrer. Alors ? Il faut que je m’introduise à Funan pour savoir s’ils ont vraiment tué un de vos pigeon-voyageurs ? »

Même ça, il ne pourrait pas le réussir. Personne ne lui faisait confiance : personne n’irait donc lui confier les petits secrets qui se terraient çà et là dans les Royaumes. Si en revanche il s’agissait de se servir de son sabre pour obtenir une information ou un service, là, ça changeait tout. Mais il n’était pas question pour lui de devenir le simple instrument des notables. S’il approuvait la demande pour l’instant, il n’hésiterait pas à la refuser s’il s’avérait qu’on ne lui demandait rien de mieux que d’être un pantin inutile. Enfin, inutile à ses yeux. Ce qu’il pouvait détester la politique...

« J’accepte votre offre, quoi qu’il en soit. Mais sachez que je ne suis pas le jouet de Sizheng, pas plus que celui de Funan : si je me rends compte que vous vous êtes servi de moi pour quelque chose qui ne m’apporte rien, je passe dans le camp ennemi, juste pour le plaisir de faire capoter votre plan. Et je pense que vous savez que ce n’est pas dans votre intérêt. »

Vantard, oui, il l’était. Mais il pouvait se le permettre, tout de même. Non ?
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Yuan Liu Biu
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MessageSujet: Re: La Mésange & le Tigre [Chapter. I]   Dim 27 Sep - 0:42

Il était prudent. Il y avait de quoi. Les politiciens, malgré eux, étaient autant aimés que détestés. Ils étaient craints car ils avaient le pouvoir, mais aimés parce qu’ils oeuvraient, globalement, pour le bien être de leur peuple. La Reine Wang Li Mei avait maintes fois fait ses preuves, et la présence de Yuan Liu Bei était rassurante. Cela dit, leur vie n’était que danger et complot… leur seul réconfort se trouvait dans leur lit douillet -et encore, tant qu’on ne cherchait pas à les abattre durant leur sommeil ! Combien de fois avaient-elles du subir des attaques du camp ennemi dans l’espoir qu’il n’arrive rien à leur peuple… non, vraiment, ces femmes seraient prêtes à s’offrir sur un plateau si cela pouvait permettre à Sizheng de vivre en paix. Alors, Xia, en parfait étranger à Sizheng, ne pouvait que douter, et elle le comprenait. Ses charmes ne servaient pas à le faire baver pour qu’il dise bêtement « oui », mais ils étaient un indice de la récompense. Elle aurait préféré éviter d’en arriver avec les mots, mais puisqu’il désirait connaître sa récompense, elle le lui dirait.

La jeune femme décroisa les jambes et posa son menton sur le dos de sa main, tournant lentement son regard vers ses gardes, afin de s’assurer que tout allait bien ; puis elle se retourna vers le mercenaire. Après un léger soupir, à peine audible, elle lui répondit :

« Les temps de paix ne sont pas bénéfiques aux mercenaires, nous le savons ; plus vous serez efficace, plus vous serez payé. Et, en toute franchise, le titre de Lieutenant ne vous irait pas du tout. »


Elle ajouta un petit sourire, tout en poursuivant.

« Vous envoyer à Funan ne nous réussirait pas ; si vous vous faites avoir, ce sera Sizheng qui en pâtira et c’est bien là le dernier de mes souhaits. Vous devrez rester dans le royaume de Sizheng et débusquer les coupables… car je ne pense pas qu’ils soient de Funan. Ce serait un acte véritablement stupide de la part de Lu Zaizhuan, car il ne leur profiterait pas -et sans nul doute que passer pour le gros méchant est une de ses craintes. »

Autour d’eux, les gens commençaient à partir ; la première raison était que dehors avait lieu une bagarre ; la seconde, c’était tout simplement le sérieux qui se lisait sur le visage du Premier Ministre, signifiant qu’elle ne prenait pas cet entretient à la légère.

« Quand on complote contre un roi ou une reine, quels qu’ils soient, on a pour habitude d’aller chercher le menu fretin pour faire la salle besogne. Si complot il y a dans notre cours, les larbins doivent se trouver dans la foule. Et qui serait assez fou pour parler aux gardes ? Vous êtes craint, Shao Xia, ils vous parleront, peu importe la manière que vous emploierez. Il se peut même que la disparition du messager et le complot soient intimement liés… »

Cette façon de flatter l’ego de son interlocuteur pouvait paraître mensongère, pourtant, ils savaient tous deux qu’elle avait raison. Liu Biu ne serait pas venue le voir, autrement. Certes, la liste des mercenaires pouvant lui être utile était longue, mais en tête de liste se trouvait « ce » nom. Shao Xia. La jeune femme, après réflexion, attrapa son verre d’alcool et fini par le boire.

Le silence était revenu dans l’auberge et les quelques personnes restantes dormaient sur leur table, jouaient aux cartes, ou bien finissaient leur verre avant de s’en aller. L’aubergiste, derrière son bar, surveillait la bagarre attentivement, lâchant parfois des « ouais, bien eu ! » qui s’étouffaient dans sa moustache. Liu Biu reprit la parole.

« Mh… Vous savez, les femmes de la cour de Sizheng ont toutes un talent en commun ; elles savent faire du bien comme des déesses. Réfléchissez-y à deux fois sur cette récompense, on ne vous la proposera pas à tous les coins de rue, d’autant plus que j’ai déjà deux volontaires pour vous. »


Le regard malicieux, elle fixa à nouveau les yeux de Xia, se demandant s’il avait enfin compris quelle serait sa récompense.

« Si la récompense ne vous satisfait pas, sachez au moins que vous serez payé grassement ; je ne suis pas sans savoir que si l’on vous découvre, on cherchera à vous récupérer avec une somme plus importante. C’est pourquoi je n’ai pas fixé de limite sur le prix… pour le moment. »
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Shao Xia
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MessageSujet: Re: La Mésange & le Tigre [Chapter. I]   Dim 27 Sep - 15:48

C’était donc bien cela. La rumeur concernant le messager disparu était fondée. Shao Xia prêtait toujours l’oreille aux commérages, mais il ne les colportait pas. S’amuser à raconter n’importe quoi n’attirait en général que des ennuis, et pour un mercenaire, ça ne servait de toute façon à rien. À cette rumeur, le jeune homme avait prêté attention, bien entendu. L’hypothèse du Premier Ministre se tenait, dans un sens. Durant le temps qu’il avait passé à Funan, Shao Xia n’avait jamais eu à se plaindre de l’honneur de Lu Zaizhuan. C’était un homme vertueux – discret, certes, mais certainement pas sanguinaire. L’idée que les soldats de Funan eussent pu assassiner un messager était ridicule : tout au mieux, l’homme aurait été capturé et libéré plus tard. Néanmoins, il ne fallait pas exclure la possibilité que certaines personnes, à Funan comme à Sizheng, avaient intérêt à ce que la guerre reprenne. Des familles à la longue tradition guerrière ou des officiers avides de reconnaissance, il y avait de quoi faire. N’importe qui parmi eux aurait pu faire disparaître le messager, et ça ne concernait pas que Sizheng.
Shao Xia comprenait parfaitement la position du Premier Ministre. Elle était pour la paix ; les histoires que l’on contait à son sujet s’accordaient toutes sur ce point. Si la rumeur concernant la disparition du messager enflait, les esprits, de part et d’autre du Changmin, ne tarderaient pas à s’enflammer, et la guerre reprendrait de plus belle. Et pour combien de temps ? Les trêves étaient toujours des instants fugitifs.
Pourtant, quelque chose étonnait le mercenaire dans toute cette histoire. La proposition était alléchante : de l’argent et, visiblement, de quoi passer une ou plusieurs nuits plus agréables que celles de ces derniers temps. Mais Yuan Liu Biu venait lui demander, à lui que la guerre intéressait plus que tout, de l’aider à préserver la paix. Ou elle était particulièrement stupide, ce qu’il ne croyait pas du tout, ou elle avait autre chose en tête, et cela le mettait sur ses gardes. Il n’œuvrerait pas pour la paix, elle le savait, mais elle tout de même requérir son aide. Il devait s’attendre à devoir se servir de son sabre...

« Très bien. Ça me paraît honnête. En ce qui concerne la récompense, je suis certain que vous n’oserez pas me faire miroiter des mirages, n’est-ce pas ? Je parle de celle en jade, bien sûr. Pour l’autre, nous verrons plus tard. »

En prononçant ces derniers mots, il s’était penché un peu plus vers elle. Il ne poserait jamais les mains sur une femme de son rang sans son accord, mais le regard qu’il avait eu avait été éloquent. Peu importait les servantes et les demoiselles de la Cour : celle qu’il voulait était devant lui. On disait que cette femme était incapable de donner la vie, qu’elle ne s’intéressait pas aux choses de l’amour pour cette raison. Mais il y avait d’autres intérêts aux choses de l’amour, non ? N’était-ce pas agréable ? Shao Xia se voyait mal avec une ribambelle de marmots accrochés à son hanfu, de toute façon : ça tombait plutôt bien. Le jeune homme eut un sourire évocateur. Il ne manquait pas de respect, non, mais son discours était sans équivoque.
Il termina son verre d’un trait avant de se lever. Sa main se referma sur le fourreau de son sabre appuyé contre le mur ; alors qu’il se redressait, ses longs cheveux, noués haut sur sa tête, ondulèrent dans son dos comme l’eau si chère au cœur des gens de Sizheng.

« Je vous ramènerai vos informations. Dans une semaine, retrouvez-moi ici. Je vous ferai part de ce que j’ai découvert. »

Il n’eut pas d’autre regard pour elle, pas plus qu’il n’en eut pour l’aubergiste. Puisque le Premier Ministre l’envoyait au casse-pipe, elle pourrait avoir l’obligeance de payer sa note, n’est-ce pas ? Non, Shao Xia n’était absolument pas un homme galant. Mais il avait d’autres qualités. Si l’on cherchait bien.
Mettre en confiance un larbin ou un garde, ou bien lui faire suffisamment peur pour qu’il ose parler, ne prendrait pas vraiment de temps. Mais il lui faudrait tomber sur la bonne personne, et c’était ça qui risquait d’être compliqué. Shao Xia ne connaissait pas vraiment les gens à qui s’intéresser pour obtenir ses informations. Il trouverait, cependant. Après tout, c’était une occupation comme une autre, n’est-ce pas ?
Ignorant les regards des hommes qui étaient restés là malgré la bagarre au-dehors, Shao Xia sortit. Le Premier Ministre avait beau être une femme forte, elle ne pourrait pas sortir tant que ces rustres ne se seraient pas éparpillés. Le sabre sur l’épaule, le jeune homme se planta devant les assaillants, qui finirent par remarquer sa présence et par s’éparpiller rapidement pour éviter de croiser son chemin – et surtout sa lame. Lorsque la voie fut libre, Xia repartit comme si de rien n’était pour se fondre dans la population de Sizheng.
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Yuan Liu Biu
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MessageSujet: Re: La Mésange & le Tigre [Chapter. I]   Dim 27 Sep - 17:22

Nul doute que cet homme saurait lui apporter l’aide dont elle avait besoin. Liu le savait pertinemment, il n’aimait pas la paix, synonyme d’ennui et de « chômage » pour lui, qui ne vivait qu’à travers la guerre et les combats. La jeune femme reconnaissait ouvertement son talent, et pourrait l’en féliciter si toutefois il n’était pas un mercenaire qui pouvait, du jour au lendemain, la trahir. Placer sa confiance en un être vivant sans Roi ni terre était la preuve que même les gens de Sizheng n’était pas dignes de confiance, à l’heure actuelle. Et puis, l’avantage des mercenaires, c’était qu’on pouvait être sûr qu’ils suivraient le plus offrant. Il fallait donc que Liu demeure en tête pour s’assurer que Xia resterait de « son » côté -disons qu’ils avaient le même but, mais pour des intérêts différents.
Le regard de cet homme avait quelque chose d’impressionnant ; il imposait naturellement respect et crainte, avec une légère méfiance. Penché vers elle, il lui fit clairement comprendre ses attentes, mais Liu ne répondit pas. Elle se contenta de lui sourire humblement, retirant ses bras de la table pour les croiser sous sa poitrine. On pouvait croire qu’elle le défiait, qu’elle l’incitait à continuer ses sous-entendus et ses regards. Il se releva, mais Liu ne le lâcha pas du regard une seule seconde, elle suivit le moindre de ses gestes et conserva son silence, se contentant de l’écouter et affirmer d’un battement de cil. Elle avait bien choisit ; du moins, elle le pensait. Restait à savoir si Xia saurait la satisfaire.

Liu n’était pas fermée aux avances des hommes, tout comme aux avances des femmes -bien moins nombreuses !-, mais personne n’avait su trouver la patience pour la conquérir. Le Premier Ministre était une femme débordée, qui se foutait, d’une certaine façon, du plaisir charnel. Peut-être était-il nécessaire pour autrui, mais pour elle, il n’était pas indispensable… surtout pour Liu qui n’avait pas encore eu l’occasion de le découvrir, tellement elle était prise dans ses rêves et ses ambitions. Et bien qu’elle soit flattée de plaire à ce charmant mercenaire, elle n’en restait pas moins persuadée qu’en tant que coureur de jupon, il ne la considérait que comme une « chaire fraîche » qu’il voulait savourer.

Quand il s’éloigna, l’aubergiste les regardait tour à tour, réalisant qu’il avait probablement raté quelque chose de grandiose -même s’il n’en était rien. La jeune femme se releva, et s’approcha d’une des fenêtres de l’auberge, où elle regarda encore le mercenaire s’éloigner ; quel homme. Il la laissait payer l’addition, mais il dégageait le passage. Peut-être n’avait-il pas fait cela pour elle, mais Liu le prenait comme tel ; car il aurait tout aussi bien pu les laisser dans leur nuage de poussière en les contournant, afin d’éviter la perte de temps -qui nuirait à sa paie. Quand il eut disparu de son champ de vision, le Premier Ministre s’en retourna vers l’aubergiste, qui attendait apparemment quelque chose, comme une information, une question, bref, quelque chose qui lui soit destiné. Liu paya sans trop de gêne, et, remarquant le regard insistant de l’homme, se mit à réfléchir sur ce qu’elle pouvait lui dire pour le satisfaire. Après une rapide réflexion -elle n’avait pas que ça à faire après tout- elle lui adressa un magnifique sourire :

« Bonne journée ! »

Puis elle lui tourna le dos, ignorant les étoiles qui brillaient dans ce regard d’illuminé. De sa démarche gracieuse et fluide, Liu sorti de l’auberge, raccompagnée par ses deux gardes qui demeuraient silencieuse. Le retour au palais fut plus long mais plus instructifs aussi… « J’aime pas les enfants ! » criaient des ados. Xia était sûrement au courant, et cela devait jouer sur son comportement. Ce qui, pour la jeune femme, était plutôt déplaisant. Mais pourquoi, elle-même ne le savait pas vraiment…
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La Mésange & le Tigre [Chapter. I]

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