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 Escapade

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Wang Li Mei
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MessageSujet: Escapade   Dim 27 Sep - 15:05

Le soir tombait doucement sur Sizhen et son palais aux blanches façades. La mer se paraît d'une jolie couleur rouge et or, alors que les vagues se reflétaient sur les murs du port. La fin de l'été rafraîchissait confortablement les jours comme les nuits, mais on sentait que l'hiver serait rude et qu'il fallait profiter de la douceur de l'automne.
La Petite Reine Li Mei était bien de cet avis, bien qu'elle n'avait à craindre ni la faim ni le froid. Non, ses ennemis seraient tout autre, cet hiver-là : les rumeurs et les ragots qui courraient au sein même du Palais, que soit les bruits d'une tentative d'assassinat ou les histoires affligeantes qu'on racontait derrière le dos du Premier Ministre. Quelle honte !
A cause de la conjoncture politique actuelle, la souveraine ne pouvait rien faire, mais dès que les choses se calmeraient un peu, les propagateurs de ces horreurs seraient conviés à aller voir à l'autre bout du Royaume si elle y était.

Pour l'instant, Li Mei était assise dans sa grande et belle chambre, à la petite table de travail qu'elle s'y était faite aménagée. Elle lisait, à la lueur du jour finissant, un traité de mathématiques. Il venait d'être écrit par un savant de Funan et elle avait profité de la trêve pour se le procurer. Ce n'était pas parce qu'elle était Seigneur de Sizhen qu'elle devait négliger ses études.
La lecture et l'étude étaient deux activités qu'elle appréciait, mais qu'elle jugeait surtout nécessaire à l'exercice du pouvoir. Elle s'y attachait donc avec tout le zèle qu'elle pouvait trouver. Derrière elle, une femme de chambre arrangeait des lotus fraîchement cueillis dans un vase presque plat, et très long; de sorte que les fleurs courraient sur presque toute la longueur de la pièce, embaumant l'air de leur fragrance délicate. La cloche du temple, au loin, sonna sept heures. Déjà ? La Petite Reine s'étira. Elle n'avait pas vu le temps passer.

« Votre Majesté... »

La voix de sa servante, respectueusement inclinée, la fit se retourner.

« - Qu'y a-t-il, Ling ?
- Hé bien, heu, vous souvenez-vous, ô ma Reine, que je vous ai modestement demandé la permission de sortir ce soir ? »

Zut. Li Mei avait complétement oublié : sinon, elle lui aurait fait prendre congé une ou deux heures plus tôt. Quelle idiote !

« Mais bien sûr, Ling ! Pardonne-moi. Vas-y donc. Mais, qu'est-ce qui te fait sortir ce soir ? »

Zut, deuxième erreur, songea Li envoya rougir sa dame de compagnie.

« Hé bien, c'est... c'est ce soir qu'on voit le nouveau spectacle, Madame. A l'Opera. Alors, avec Fang de la garde royale et Xiu des cuisines, on a un peu économisé, vous voyez, et on a décidé d'y aller, pour voir, parce que c'est pas tous les jours, un nouveau spectacle. »

Ling se tortillait misérablement en regardant ses pieds. Li Mei eut honte de sa bêtise. Bien sûr, le théâtre... Cela faisait longtemps qu'elle-même n'y avait pas mis les pieds. Les spectacles donnés au Palais ne comptaient pas, bien entendu : ils étaient toujours à son honneur et donc d'un ennui profond.

Li Mei permit à sa servante de partir, qui s'exécuta avec une courbette. Restée seule, Li ne trouva pas le courage de se replonger dans les mathématiques. La journée avait été longue et éprouvante. Un des serviteurs chargés de goûter ses repas avait fait une crise cardiaque juste avant qu'elle n'attaque le petit-déjeuner; au conseil des Ministres, on lui avait publiquement reproché la construction d'une nouvelle chapelle dédiée au Dragon des Eaux sur la côte Est du pays; et aux audiences judiciaires de l'après-midi, elle avait du régler le cas d'un père qui avait violé sa propre fille. Non, décidément, les mathématiques ne passeraient plus ce soir.

Le théâtre... le regard de la jeune Reine alla se perdre dans les faubourgs sur lesquels donnaient ses fenêtres. Revoir l'Opera, les Comédiens, les Chanteurs; sentir la ferveur populaire... et puis tout simplement se changer les idées. Ne plus penser à Funan, à Lu Zaizhan et de manière générale, envoyer paître le reste. Oui, ça pouvait être une idée.
La jeune fille sourit toute seule. Oh oui, elles allaient bien s'amuser. Car hors de question qu'elle y aille seule !
Quand commençait le spectacle, songeait-elle ? Pas avant la tombée de la nuit. Cela leur laissait une heure, environ. Oui, elles auraient le temps.

Refermant le rouleau qui l'avait tenue occupée en ce début de soirée, Li Mei s'attabla devant sa coiffeuse. Elle défit les chignons compliqués de sa coiffure royale et reposa la plupart de ses bijoux, dont sa couronne. A la place, elle donna à sa chevelure la longue tresse d'une fille du peuple, soigneusement enroulée sur elle-même et cachée par un fichu pastel. Elle changea ensuite son hanfu vert pomme pour une tenue ocre, de moindre qualité, qu'elle gardait pour ce genre d'occasion, et enfila des mocassins usagés – ils avaient appartenu à Tien Yu, mais il les avait oublié en partant pour sa dernière mission - qui lui donnaient un air de « grand frère m'a passé ses chaussures, ma mère a cousu mes habits dans un vieux draps et c'est pour une bonne raison que je cache ma tête ».
Bien sûr, elle avait toujours son poignard et sa bague-poison sur elle. Mais elle doutait véritablement d'avoir à s'en servir ce soir. Qui irait la chercher là, de toute façon ?

Satisfaite de sa mine de fille de charretier, la demoiselle attrapa un petit panier d'osier, qui contenait le reste des beignets à la pomme et à la prune qu'elle avait fait la veille. Puis elle sortit de sa chambre à pas de loup. Elle fit un gros clin d'œil aux gardes chargés de surveiller le couloir, qui prétendraient n'avoir rien vu. Toujours discrète, elle rasa les murs, heureuse de voir que la plupart des gens ne faisait pas attention à elle. Ce bon vieux déguisement marchait toujours. Parvenant enfin à la porte secrète donnant sur l'office du Premier Ministre Yuan Liu Biu, qui se trouvait être derrière un pot de chambre au fond d'une aîle rarement utilisée du château, elle toqua deux coups, une pause, un coup, une pause, trois coups. Et attendit.
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Yuan Liu Biu
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MessageSujet: Re: Escapade   Dim 27 Sep - 16:25

Bientôt la fin d’une journée ; une bonne nuit de sommeil soulagerait grandement le Premier Ministre qui venait de finir d’écrire le nouveau règlement des écoles de Sizheng. Elle avait aussi envoyé une commande à Funan, spécialement pour elle ; de l’eau des montagnes. C’était connu, Liu Biu raffolait de l’eau claire et limpide de ces montagnes qu’elle ne pouvait visiter. La hauteur lui manquait, le vent frais et le contact de la roche aussi. Elle avait beau être de Sizheng, son affection toute particulière pour les montagnes de Funan n’avait rien à voir avec le royaume en lui-même. La mère l’avait lassée, et regarder l’horizon plat ne la tentait plus.
La plume fut posée sur le côté de la table où se trouvait Liu Biu, et la demoiselle se leva. Elle se dirigea naturellement vers son pipa, dont elle attrapa doucement le manche. Ses doigts parcoururent le bois vernis de l’instrument, avant qu’elle ne se pose sur le bord de sa fenêtre, entamant une mélodie au clair de lune. Bien sûr, le soleil n’était pas totalement couché, mais de sa chambre, on ne voyait que la lune. Dans sa tenue de nuit, elle gardait un visage parfaitement serein et avait fermé les yeux, illustrant la quiétude elle-même. Perdue dans un monde qui n’appartenait qu’à elle, loin de tout ce travail, loin de tous ces problèmes, Liu Biu naviguait au gré de la mélodie.

« Madame le Premier Ministre ! »

‘Schtonnngg’. Et hop, une corde de cassée. Le visage surpris de Liu Biu laissa place à un sourire amusée, alors que d’autres auraient déjà jeté le pipa sur la tête de l’intrus. Le Premier Ministre tourna la tête, regardant Fang, le garde qui venait d’entrer.

« Excuse-moi Fang, j’ai tellement été absorbée par mon désir d’échapper un peu à la réalité que j’ai oublié de te congédier. Va, et amuse toi bien.

-Merci ma Dame ! »


Sous le regard maternel de Liu Biu, Fang se retira avec empressement. La jeunesse… quand avait-elle eu cet âge, déjà ? Ah, oui, cela remontait à y’a… un an seulement. Surprise de s’imaginer plus vieille qu’elle ne l’était, Liu Biu eut un léger rire qu’elle réprima ; rire toute seule pouvait alarmer les médecins qui avaient souvent une imagination plus débordante que celle de Li Mei et elle combinées. D’ailleurs, Liu Biu se souvenait du visage de son amie tiré par la fatigue. Il fallait que la jeune Reine prenne le temps de s’amuser, dernièrement elle en faisait trop et cela se ressentait de plus en plus dans sa façon d’être. D’un petit saut, elle descendit de sa fenêtre et, tout en marchant, elle dénoua ses longs cheveux, qui coulèrent sur son dos comme les rivières sur les montagnes. Il était rare que l’on voit le Premier Ministre avec les cheveux relâchés ; à vrai dire, en dehors de ses parents, personne ne pouvait affirmer que quelqu’un d’autre l’avait vue ainsi. Cela dit, il fallait bien une première fois à tout, et la prochaine personne à la voir ainsi serait celle qui toqua à la petite porte secrète. Qui d’autres que la Rein Wang Li Mei connaissait cette porte ainsi que ce code ? Personne. Liu Biu sourit à l’idée d’avoir une visite de sa Reine, mais aussi amie, et s’empressa d’entrer dans son armoire pour ouvrir, au fond de celle-ci, la petite porte secrète. Etant donné que le passage était étroit, elle devait aussitôt ressortir du meuble incrusté au mur afin de pouvoir laisser passer Li Mei.

« Li Mei ? Que me vaut votre visite ? »


A peine se retourna-t-elle qu’un sursaut la pris, et elle manqua de lâcher un petit cri qui serait bien allé avec. Non pas que la tenue de Li Mei la choquait particulièrement -elle l’avait vue sous bien des formes et avait entendu bien des choses- mais elle ne s’était vraiment pas attendue à ce spectacle. Le Premier ministre eut un rire, bref mais amusé, et croisa les bras sous sa poitrine.

« Ma Reine, ne me dites pas que vous avez prévu une petite escapade nocturne, en parfait anonymat ? Je ne suis pas sûre de pouvoir vous laisser prendre ce risque seule. »

… signifiant qu’elle acceptait l’invitation et qu’elle irait avec elle, malgré que cela lui demande de faire des sacrifices -pas de belles parures, coiffures ou vêtements.

« Où allons-nous ? » demanda-t-elle plus sérieusement.
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Wang Li Mei
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MessageSujet: Re: Escapade   Dim 27 Sep - 17:35

Li Mei pénétra dans le bureau de Liu Biu à petits pas rapides et silencieux. Ses yeux brillaient de l'éclat malicieux et enfantin de celle qui a une idée derrière la tête; et malgré ses vêtements de pauvresses qui allaient si bien avec ses traits tirés et ses eux cernés, elle respirait une nouvelle énergie.

«- Li Mei ? Que me vaut votre visite ?»
- Bonsoir, Liu Biu, bonsoir !»

Ne serait-ce que ces quelques pas dans le couloir l'avait ragaillardie, et elle se félicitait maintenant de son idée. Elle en avait vraiment besoin. Faire quelque chose de différent, changer d'air. Liu Biu sembla surprise de la voir dans cet état. La jeune fille sourit à son amie, tournant sur elle-même comme une jouvencelle se ferait admirer dans une nouvelle parure. Elle était étonnée de voir les longs cheveux châtain lâchés, sans coiffure ou ornement complexe; mais ça n'ajoutait qu'un petit côté magique, exceptionnel, à la soirée.

« Alors, comment me trouvez-vous ? »

Un petit rire s'échappa de sa gorge. Oui, elle se sentait soudainement presque euphorique, à l'idée de sortir et d'échapper pour un temps aux contingences du Palais, aux gardes et aux conseillers. Une mèche bleue s'échappa de son foulard, et elle entreprit de la recoincer en tirant un bout de langue concentré. Elle pouvait, en présence de Yu et de Liu, se permettre toutes ces mimiques qu'elle devait à tout prix éviter en public, gardant parfois un visage neutre jusqu'à ce que ses muscles en tirent. Elle le pouvait et elle ne s'en privait donc pas.

« - Ma Reine, ne me dites pas que vous avez prévu une petite escapade nocturne, en parfait anonymat ? Je ne suis pas sûre de pouvoir vous laisser prendre ce risque seule. ...Où allons-nous ?
- Oh, Liu Biu, je serais si heureuse que vous m'accompagniez ! Allons à l'Opéra, voulez-vous ? A l'Opera ! »

En répétant ce mot, comme pour le savourer, Li avait claqué des mains, et elle prenait maintenant celles de son ministre dans les siennes. Ce devait être une scène étrange, cette petite clocharde qui parlait avec entrain à la dame la mieux habillée du pays. Mais l'esprit de Li Mei ne s'arrêtait pas à ce genre de détails : elle avait décidée d'être enjouée et enjouée elle serait, jusqu'au bout.

« Oui, nous allons à l'Opera ! Ils y donnent un nouveau spectacle; ma femme de chambre y va, avec quelques de ses amis, alors nous devons être très discrètes. »

Pauvre Liu Biu : il semblait que l'habiller en jeune femme défavorisée fasse partie intégrante de l'amusement de sa Reine. Lâchant une main de la Ministre, Mei la conduisit par l'autre jusqu'à sa chambre, à laquelle on accédait par une porte coulissante dans une autre cloison. Ce faisant, elle ne cessait de sourire et de parler.

« Je suis sûre que cela va être très amusant. Ce spectacle est inédit ! On dit que Qing Yi est de plus en plus ravissant et que sa voix atteint des notes incroyables ! Et puis, je ne suis plus sortie du Palais depuis des semaines et ma dernière soirée incognito remonte à des mois. C'est vrai que Yu m'a interdit de sortir sans lui, mais avec vous, je n'ai rien à craindre. »

La jeune Reine avait maintenant assise son Premier Ministre sur son lit et, fouillant sans trop de vergogne dans les vêtements de celle-ci, s'évertuait à lui trouver une tenue adaptée.

« Misère, Liu Biu, vous êtes bien trop gracieuse ! Je ne trouve rien qui vous donnerait l'air d'une femme du peuple. Et même sans maquillage, on vous reconnaîtrait à votre élégance. Non, c'est terrible, mais c'est un mal nécessaire : ce soir, il va falloir vous habiller comme un sac. »

La dernière phrase avait été prononcée avec un air très sérieux et très grave, les poings de la petite demoiselle bien fermés sur ses hanches. Mei tint un dixième de secondes... puis, n'y tenant plus, éclata de son petit rire flûté.

« Désolée. Je suis peut-être un peu trop enthousiaste. Est-ce que vous voulez bien vous prêter au jeu ? J'aimerais vraiment voir ce spectacle. »

Si, véritablement, Yuan Liu Biu avait refusé, Li n'aurait pas insisté. Mais il y a de fortes chances qu'elle serait partie seule... Heureusement, cela ne semblait pas être le cas.
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Yuan Liu Biu
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MessageSujet: Re: Escapade   Dim 27 Sep - 18:38

Autant le dire franchement, Yuan Liu Biu considérait la Reine comme sa protégée. Tout le monde voyait en Li Mei une Reine, une enfant devenue adulte bien trop tôt, mais Liu Biu le savait… cette jeune fille avait encore besoin de rire et se divertir. Tout comme elle, mais elle ne s’en rendait pas compte ; le Premier Ministre avait toujours été trop sérieux depuis son plus jeune âge, sauf dans la solitude. Et donc, malgré leurs statuts élevés, il leur arrivait parfois d’agir comme deux sœurs. Son attachement pour cette Pintade Royale ( ♥️ ) était profond.

« A l’Opéra vous dites ? Oh, mais… »

Devant le regard si pétillant de Li Mei, Liu Biu ne pu terminer sa phrase et arbora un air attendrit. Elle rayonnait tellement ! Comment pouvait-on résister à pareille lumière ? L’hésitation était pourtant là ; Durant l’après-midi, Liu Biu avait pris du retard sur son travail. Sa visite à l’auberge avait été nécessaire mais l’avait quelque peu freinée dans sa paperasse qu’elle aurait voulu régler le lendemain matin, dès l’aube. Mais si elle sortait, nulle doute qu’elle ne serait peut-être pas capable d’ouvrir les yeux avant midi.

« Oui, nous allons à l’Opéra ! Ils y donnent un nouveau spectacle; ma femme de chambre y va, avec quelques de ses amis, alors nous devons êtres très discrètes. »

Oh. C’était donc pour ça que Fang était partie avec empressement. Le Premier Ministre sembla songeuse un court instant, mais à peine eut-elle ouvert la bouche pour parler que Li Mei la traînait déjà à l’extérieur de la pièce ; déstabilisée, Liu Biu ne put que la suivre.

« Li Mei, que voulez vous…
-Je suis sûre que cela va être très amusant ! Ce spectacle est inédit ! On dit que Qing Yi est de plus en plus ravissant et que sa voix atteint des notes incroyables ! Et puis, je ne suis plus sortie du Palais depuis des semaines et ma dernière soirée incognito remonte à des mois. C’est vrai que Yu m’a interdit de sortir sans lui, mais avec vous, je n’ai rien à craindre. »

Bon Dieu ! Qu’elle pipelette ! Mais ces vagues de paroles démontraient très clairement que le bonheur de la Reine était réel. Elle voulait sortir, elle devait sortir, même. Demeurant silencieuse et se laissant manipuler sans rechigner, Liu Biu s’assit sur son propre lit, et malgré la légère gêne, elle regardait Li Mei s’affairer. Le regard de la jeune femme parcouru la chambre, à la recherche de vêtements qui pourraient faire d’elle une parfaite villageoise, mais…

« Misère, Liu Biu ! Vous êtes bien trop gracieuse ! »

La concernée lâcha un petit rire amusé mais lorsque la petite Reine acheva son petit discours avec « il va falloir vous habiller comme un sac » le visage de Liu Biu sembla se décomposer. Elle ? Comme un sac ? Comment faire ? Elle n’avait toujours eu que des vêtements de luxe depuis son plus jeune âge ! Elle craignait de ne pouvoir combler la Reine… et un peu de devoir enfiler des vêtements qui n’étaient pas les siens. Si Li Mei riait, Liu Biu était songeuse, mais quand le sérieux regagna la Reine, elle pu prendre la parole.

« Je suis en train de me demander si j’ai de quoi… mal m’habiller. Mes vêtements ne sont que… oh ! Attendez ! »

Le visage de Liu s’illumina et elle bondit de son lit en direction d’un tiroir qu’elle tira sans plus de retenue, et en extirpa un vieux pantalon, une ceinture et une tunique qui, il y a quelques années, devait être finement brodée, car maintenant la saleté s’était incrustée dans le tissu…

« Ce sont des vieux vêtements de mon père que je garde précieusement. Comme ça, j’ai toujours la sensation qu’il est près de moi. Mais trêve de bavardage ; je pense que cela conviendra pour notre soirée. Quant à mes cheveux… j’ai peur de ne pas être capable de leur faire le moindre mal. »

Se retournant vers la Reine, les vêtements à la main, Liu lui tira brièvement la langue avant de s’en aller vers le lit, sur lequel elle posa ses affaires. Quittant ses vêtements sans aucune gêne, elle commença à enfiler le pantalon, d’un blanc cassé, salit par la poussière, puis elle se glissa dans la tunique, qui lui arrivait mi-cuisse. Elle ajusta la ceinture autour de sa taille puis posa ses mains sur ses hanches, affichant un air victorieux sur son beau visage.

« Alors ? Ais-je l’air de ne pas être le Premier Ministre ? »


Sans attendre la réponse, Liu se déplaça jusqu’à sa table de chevet pour y prendre un tissu qu’elle noua autour de ses cheveux, qui formaient maintenant une longue queue glissant sur le devant.

« Je pense qu’il nous faudra changer notre façon de parler aussi. Euh… dois-je vous tutoyer, de ce fait ? Cela risque de poser soucis. Et nos noms ? Devrions nous les changer ? »

A l’entendre, l’on pourrait croire qu’elles partaient effectuer une périlleuse mission où la moindre faute signerait leur arrêt de mort. C’en était effrayant, en un sens. Regardant Li Mei avec intérêt, Liu Biu se mordait légèrement la lèvre inférieure, se pensant un peu envahissante avec ses questions.
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Wang Li Mei
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MessageSujet: Re: Escapade   Dim 27 Sep - 23:42

La Petite Reine était toute en joie. Les choses se déroulaient à merveilles : Liu Biu ne semblait pas être contre l'idée de sortir, et bien au contrait, elle « participait » à la mise au point de l'opération fantasque qu'avait montée Li Mei, entrant totalement dans ce jeu de rapport sororal un peu décalé dans lequel sa Majesté les avait plongées.
C'était une petite comédie bien inoffensive, et qui faisait du bien à Li. Au diable la paperasse ! Au diable les mathématiques ! Ce soir, elles allaient au théâtre. On verrait bien demain dans quel état elles seraient, et à quelle heure elles émergeraient.

Li Mei peinait à rester en place, à écouter Liu Biu. Maintenant qu'elle savait qu'elles sortaient, son énergie semblait avoir redoublée. Une force nouvelle l'habitait et gare à qui se mettrait en travers du chemin de son divertissement ! Elle n'était pas fille du Dragon de l'Eau pour rien, tempête cachée sous la placide surface de l'eau qui dort. Elle tourna à nouveau sur elle-même alors que Liu Biu parlait, embrassant la chambre d'un regard. Non, elle ne voyait vraiment pas comment habiller son Ministre en pauvresse : même les rideaux ou les draps ne feraient pas l'affaire. Surtout pas les rideaux... Ah, elles n'avaient pas le temps, de toute façon ! Pas le temps de coudre. Li ne savait pas coudre. Elle se demanda si Liu le pouvait, elle. Ah, bien sûr qu'elle devait le pouvoir. Liu savait tout faire.

« Je suis en train de me demander si j’ai de quoi… mal m’habiller. Mes vêtements ne sont que… oh ! Attendez ! »

Cette exclamation ramena Mei à la réalité, qui s'était un tant soit peu perdue dans ses pensées. Elle observa avec intérêt son amie sortir d'un simple tiroir la parfaite panoplie de la voyageuse désargentée. Il ne lui manquait plus que le chapeau pointu et le bâton de marche.
La Reine s'interrogea sur l'origine d'une telle parure, mais la réponse lui déplut un petit peu. Devoir faire porter à Yuan des vêtements auquel elle tenait... Wang Li Mei en était un peu honteuse. Il s'agissait de souvenirs précieux, qui ne méritaient sans doute pas le terrible traitement qu'on n'allait pas manquer de leur infliger. La jeune fille alla pour protester, mais Liu Biu se changeait déjà.
Li Mei piqua un fard monstrueux – elle avait beau avoir déjà vu un certain nombre de femmes nues, c'était tout de même la subliment Liu Biu – et remercia les Dragons de tourner les yeux de sa vis-à-vis vers ses pieds ou dans sa tunique, de sorte que, lorsqu'ils revinrent sur elle, les joues de Li avaient retrouvée une teinte normale.

« - Alors ? Ais-je l’air de ne pas être le Premier Ministre ? 
- Oh, Liu Biu, vous êtes superbe ! »

L'exclamation était sincère. Il était terrifiant de voir, surtout pour celle qui s'était si aisément travestie, combien Liu Biu était belle, malgré la médiocrité de sa vêture. Li Mei enviait parfois la suprême perfection du Premier Ministre, mais cette envie n'était pas malfaisante, dévorant son cœur tel le démon vert de la jalousie. Non, c'était une simple expression de son admiration et de son amitié.

« - Enfin, superbe, vous m'avez comprise. Cette coiffure vous est suffisamment inhabituelle pour que tous y soient trompés, n'ayez crainte. Tout va bien se passer, car l'étape primordiale est remplie !
- Je pense qu’il nous faudra changer notre façon de parler aussi. Euh… dois-je vous tutoyer, de ce fait ? Cela risque de poser soucis. Et nos noms ? Devrions nous les changer ? »

Zut. Li Mei n'avait pas songé à ça. C'est vrai qu'en entendant leur vocabulaire soigné, leurs formulations recherchées et leurs tournures alambiquées, les gens risquaient de se poser des questions. Et même s'ils ne les reconnaissaient pas, elles se feraient tout de même remarquer – et c'est bien là toute l'antithèse d'une soirée incognito, n'est-ce pas ?

« Vous n'avez pas tort. Malheureusement, le niveau des écoles de Sizhen n'est pas encore assez élevé pour que notre langage se fonde dans la foule. Mmh... »

Li Mei avait arrêté de trépigner. Sa main blanche vint saisir son menton, alors que sa bouche se tordait dans une moue pensive.
Elle resta pensive quelques secondes.

« J'ai trouvé ! »

Son poing vint frapper le plat de sa main.

« Nous allons parler comme Ling et Fang ! Elles sont bien élevées, bien éduquées, mais elles viennent tout de même du peuple. Ling... Ling parle toujours comme ça. Elle est gentille. Mais ses phrases sont courtes. Et elle n'utilise jamais d'adverbe, que des adjectifs. Oh, et elle fait des fautes de grammaires, de temps en temps. Mais ça, je ne suis pas s... je pense pas en êt... je pense pas y arriver. Voilà ! Ling dirait : Je pense pas y arriver. »

Le sourire éclatant qui éclairait le visage de la Petite Reine aurait donné beaucoup d'idées au premier patricien venu. Elle devait faire un tout petit peu peur, tout de même. Tout petit peu.

« Quant aux noms... Je ne crois pas que Mei et Biu soient si répandus que cela, qu'en pensez-v... qu'est-ce que t'en penses ? »

Li Mei éclata de rire. L'idée même de tutoyer Liu Biu était idiote, n'est-ce pas ? Mais outre ses capacités d'imitations, qui l'étonnait elle-même – elle refaisait sa bonne plus vraie que nature – elle trouvait la situation un peu gênante. Elle n'avait jamais tutoyé un égal, auparavant, pas même Yu. La soirée promettait véritablement d'être enrichissante...
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Yuan Liu Biu
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MessageSujet: Re: Escapade   Lun 28 Sep - 0:50

Heureusement que Liu ne pouvait pas lire dans les pensées de Li, autrement, elle la sermonnerait Enfin, la Reine n’était pas la seule à penser que Liu savait tout faire, alors qu’il n’en était rien. Liu avait en revanche appris à user de ses capacités intellectuelles afin d’éviter toute chose qui pourrait l’handicaper. Parfois il était nécessaire qu’elle y passe, et il était vrai qu’elle apprenait vite. En grande modeste qu’elle était, Liu s’évertuait à citer chacun de ses défauts, allant parfois jusqu’à en inventer quand elle voyait que le regard de certaines personnes passait de l’admiration à l’adoration la plus totale, jusqu’à même idolâtrer le Premier Ministre. Il aurait suffit qu’elle soit moche, et pfuit, le peuple n’en parlerait plus. C’était ce qui avait fait que Liu s’occupait tout particulièrement de son physique.
Une autre chose sur laquelle Liu réprimanderai sa Reine était la honte qu’elle ressentait vis-à-vis de tout un tas de chose. Li ne pouvait pas être parfaite, mais il ne fallait pas non plus qu’elle se culpabilise constamment ; surtout que la tenue, quand bien même avait-elle une valeur sentimentale, n’était que l’expression physique d’un souvenir. Pour Liu, obtenir des vêtements de son père n’était pas un soucis. A vrai dire, elle avait caché encore bien des choses (que nous découvrirons au fil du temps muhaha) dans cette pièce qu’est sa chambre.

Le regard fixé sur sa Reine, le Premier Ministre la laissait à sa réflexion -apparemment intense :p- en attendant patiemment. Pendant ce laps de temps, ses pensées dérivèrent vers un certain jeune homme qui, a l’heure actuelle, devait soit se la couler douce, soit martyriser un traître à Sizheng. Mais Li la ramena bien vite au Palais lorsqu’elle tapa dans sa main, et Liu sursauta légèrement. Parfois, elle ne parvenait pas à anticiper les réactions de la Reine. Parfois ? Non… souvent même.

« Nous allons parler comme Ling et Fang ! »

Ah ? L’idée était bonne ! Liu eut un petit sourire malicieux, et tenta de se rappeler des phrases de son garde.

« … Je pense pas y arriver. »

Son haussement de sourcils traduisait parfaitement son étonnement. Qu’il était dur pour elle de se glisser dans la peau d’une femme du peuple. Ces personnes là avaient aussi une gestuelle totalement différente de la leur, et sa droiture pouvait être un soucis. Se redressant, tout en réfléchissant aux noms, Liu ne manqua cependant pas de rire quand elle entendit la Reine la tutoyer. Vraiment, c’était un spectacle fort intéressant ! Jamais elle n’avait imaginé que cela puisse se produire un jour.

«  Ma chère… Hum ! Mei… euh…Je suis d’accord avec toi. »

Liu marqua un temps de pause, où elle fixait toujours « Mei », comme plongée dans un doute. Etait-ce bien ça qu’elle avait entendu, une fois, de la bouche d’une adolescente ? Et comment s’était-elle tenue déjà ? Ah, oui… elle s’en rappelait. Posant ses poings sur ses hanches, à la manière d’un homme, avec un grand sourire, Liu fit un geste sec de la tête pour désigner la porte de sortie, avant de déclarer :

« On s’arrache, Mei ? Sinon, on va être en retard ! »

Le rire qui commençait à chatouiller sa gorge était tellement horrible que Liu se mordait violemment la lèvre pour ne pas exploser. Quelle phrase ! Prise au pied de la lettre, elle ne voulait vraiment pas dire le sens qu’on lui donnait dans le langage familier ! Combien d’autres expressions de genre existait-il ? Décidemment, Li avait eu une excellente idée… cette soirée était vraiment prometteuse.

« Oh ! De quoi payer ! »

Eh oui ; en tant que femmes du peuple, l’Opéra ne leur était pas offert. Il leur faudrait payer, et Liu se hâta d’aller chercher quelques jades pour ne pas se retrouver bêtement aux portes sans pouvoir entrer pour contempler le spectacle.

« Je pense que ce sera suffisant pour nous deux… N’est-ce pas, Mei ? »


C’est un petit clin d’œil plein de malice qui fut adressé à la Reine. Il était rare de voir Liu exprimer autant son plaisir. Habituellement, elle restait stoïque, pensive, inexpressive ou tout simplement polie. Un sourire était bon pour camoufler un mensonge, et tout le monde savait qu’en politique les sourires avaient un rôle primordial… c’est pourquoi Liu souriait souvent, mais sans plus de conviction et de sincérité Mais là, ce soir, exceptionnellement, elle retrouvait un peu cette âme d’enfant qu’elle avait perdu sur un champ de bataille…
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Wang Li Mei
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MessageSujet: Re: Escapade   Mer 7 Oct - 20:33

Li Mei battit des mains avec exultation. Les choses se passaient, pour l'instant, exactement comme prévu : dès qu'une question se posait, Liu Biu y trouvait une réponse aussi rapide qu'efficace. Madame le Premier Ministre était tout simplement géniale.
La Petit Reine n'était pas peu fière d'elle-même non plus; n'allait pas croire qu'elle souffrait d'être en présence d'une si grande Dame; étant elle-même en charge de diriger un pays depuis l'âge de seize ans et remplissant cette tâche avec un certain succès, elle n'avait rien à envier à Liu Biu – si n'était cette extraordinaire beauté et cette élégance presque divine...

Il fallait qu'elles « s'arrachent », donc. Quelle drôle d'expression !
« On s'arrache, on s'arrache ! Pas de problème ! » Dit-elle en se dirigeant vers la porte, en riant. Elle savait que derrière cette porte, il faudrait qu'elles jouent leur rôle; et qu'elle ne pourrait pas mourir de rire toutes les cinq minutes. C'était là toute la difficulté de l'exercice.

Une phrase retint pourtant le geste de la souveraine. L'argent ! Mei n'y pensait jamais. Payer n'était pas naturel pour elle – à quoi bon se balader avec des Jades, quand une de ses pinces à cheveux aurait pu nourrir toute une famille pendant un mois ? - et elle ne pouvait donc comprendre la générosité et la gentillesse dont faisait preuve Liu en lui offrant sa place.
Si on le lui avait expliqué, elle se serait bien sûr confondue en remerciement et s'en serait voulu de ne pas y avoir pensé plutôt. Mais la jeune fille, dans toute sa pintade-royalitude, se contenta de sourire et de féliciter Liu Biu pour sa prévenance.

« - Je pense que ce sera suffisant pour nous deux… N’est-ce pas, Mei ? 
- Oh, oui, je pense que ça sera assez. Je n'ai aucune idée de combien c'est censé coûter, de toute façon... Bon ! Je pense que nous sommes prêtes. Allons-y !»

A pas de loups, la jeune fille ouvrit le placard qu'elle avait utilisé pour pénétrer dans les quartiers du Premier Ministre. Les deux femmes l'empruntèrent sans peur mais avec hâte. L'excitation monta d'un cran alors qu'elles traversaient les couloirs du Palais, où on ne leur accordait qu'un regard vaguement intrigué – que faisaient deux pauvresses dans cette aile si richement décorée ?

La Petite Reine était extatique. Traverser ses couloirs ainsi, sans devoir se montrer froide, distante et d'une indifférence polie... La chose était reposante et vraiment agréable.

La plupart des gens qui traversaient le Palais à ce moment-là se contentaient de quitter leurs bureaux pour rentrer chez eux, et les deux amies se mêlèrent à la foule en échangeant des regards complices. Elles se retrouvèrent bientôt à l'extérieur, dans l'air frais de la fin du jour. Sentir le vent dans ses cheveux délivrés de toute coiffure compliquée semblait ravir Li Mei et elle profitait de cet instant avec délectation. Au bout de quelques secondes à profiter de l'agitation, de l'odeur et des bruits de la ville, les deux jeunes femmes finirent par se faire pousser plus ou moins sans ménagement de l'entrée du Palais : les portes allaient bientôt fermer et elles gênaient.
Gêner était quelque chose que Li Mei n'avait expérimenté que très indirectement, et qu'en tout cas on avait jamais osé lui dire en face. Elle trouvait la situation très comique, et tira un bout de langue rosé au garde, une fois que celui-ci eut tourné le dos.

Bon. Elles se trouvaient donc maintenant dans la rue, sans provoquer d'émeute. Très bien. Il ne restait plus qu'un léger détail à régler : l'Opéra... Elle n'y était jamais allée à pieds. Ca ne prenait que quelques minutes, à cheval, donc ça ne devait pas en prendre beaucoup plus à pieds, mais... quelque chose lui disait qu'elle aurait du y penser avant. La brune se tourna vers sa compagne pour la soirée.

« Heu, dit... dis, Biu, c'est par où ? Je sais pas par où nous... par où on doit passer. » Bafouilla-t-elle en rosissant. Ne pas rire, ne pas rire, ne pas...

[Je te laisse poster « au dehors » Smile Encore désolée du retard !]
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Escapade

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