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 Sombres pensées [Xing He]

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Lu Zaizhuan
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MessageSujet: Sombres pensées [Xing He]   Lun 28 Sep - 21:48

La paix ressemblait donc à cela. Des journées qui se succédaient sans rien faire d’autre que surveiller, être à l’affût du moindre signe d’agression et espérer que les choses perdurent. Lu Zaizhuan en venait presque à désirer la guerre. Au moins, il n’aurait pas eu le temps de penser à autre chose.
Seul dans les jardins du château, le seigneur de Funan ressassait les mêmes idées noires que la veille, et la veille encore, et le jour d’avant également. Son caractère, d’ordinaire si calme et si conciliant, devenait insupportable même pour ses proches. Lu Jin était repartie furieuse en claquant la porte lorsqu’il s’était emporté après elle. Mais ils n’y étaient pour rien. Ce qui tourmentait le seigneur de Funan ne pouvait pas être résolu par des mots ou des tapes sur l’épaule.

« Qing Yi. »

Combien de fois avait-il prononcé ce nom ? Ce n’était même pas un nom : c’était juste un personnage, une héroïne d’Opéra. Quel pouvait donc être le véritable nom du comédien qui interprétait « Qing Yi » ? Car c’était là ce qui rongeait le cœur de Lu Zaizhuan. Sans cesse, il revoyait ces yeux, noirs et profonds comme deux perles, cette peau blanche comme de la soie, ces longs cheveux de jais... Sans cesse, il revoyait cette scène qui avait fait basculer toute sa vie. Loin de s’estomper avec le temps, cette image était devenue de plus en plus présente, de plus en plus forte. Son cœur se serrait chaque fois qu’il y pensait. Le soir, il s’endormait avec cette image derrière les paupières ; le matin, il la retrouvait devant ses yeux.
Peut-être en faisait-il trop, oui... Lorsque Xing He disait cela, Lu Zaizhuan voyait rouge. Était-ce inconcevable d’aimer à ce point après un seul regard ? Sans doute. Si c’était arrivé à un autre que lui, il aurait probablement eu la même réaction que son ami. Ça n’avait rien de raisonnable. Personne ne pouvait aimer au premier regard, à part... ah, oui, c’était vraiment ironique. À part les héros de légende, ceux à cause desquels Funan et Sizheng se battaient depuis la nuit des temps. Mais c’était ce que c’était : une légende. Juste des mots écrits sur des parchemins et racontés par une mère amatrice de contes tragiques. Une légende. Dans la vie réelle, les gens n’aimaient pas comme ça. Et pourtant...
Lu Zaizhuan soupira et ferma un instant les yeux. Il était fatigué. Jouer à être roi était déjà bien assez compliqué comme ça. Entre les complots et les guerres, les amours interdites ne faisaient rien pour arranger les choses. Si seulement tout avait pu être plus simple... S’il n’avait pas été seigneur de Funan, il lui aurait suffi de retourner à Sizheng et d’avouer son amour à « Qing Yi ». Il aurait peut-être été éconduit sans égards, mais au moins, il aurait été fixé. Se demander, jour après jour, ce que devenait l’objet de ses pensées et ce qu’il aurait pu dire à une telle déclaration était sans doute le plus difficile. Mais ça n’était pas aussi simple. Il était seigneur de Funan, premier soldat du Royaume, et Qing Yi, aussi beau et attirant fût-il, était un homme et un ennemi. Lu Zaizhuan devait prendre une épouse, une merveilleuse femme telle que seul Funan en possédait. Autrefois, il aurait pu... mais aujourd’hui, tout était différent.

Nouveau soupir, à déraciner la plus haute cime de Funan. Au final, Lu Zaizhuan était juste en train de joueur son rôle de seigneur : faire passer ses désirs après ses devoirs. Et c’était tellement dur qu’il avait envie de tout envoyer promener. S’il avait eu plus de courage, il aurait tout envoyé promener pour filer vers Sizheng. C’était exactement ce que son cœur lui criait de faire. Mais sa raison, elle, le retenait toujours par la bride. Il ne lui manquait sans doute qu’un coup de pouce pour se décider à partir. Et c’était peut-être bien ce qu’il risquait d’arriver.

« Ne me fais pas encore la morale », soupira-t-il.

Xing He, une fois encore. Le Premier Ministre était toujours là où on ne l’attendait pas – même si, avec le temps, Lu Zaizhuan avait fini par apprendre à l’attendre là où il n’aurait pas dû se trouver. Son ami était un homme étrange. C’était sans doute pour cette raison qu’ils s’entendaient si bien. Mais ces derniers temps, malheureusement, l’humeur de Zaizhuan était si exécrable qu’elle pesait sur leur amitié. Et Xing He restait si égale, si... « zen » !
Dernier soupir, pour le moment. Lu Zaizhuan leva les yeux vers son Premier Ministre. Et quels seraient ses excellents arguments, cette fois ?

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Xing He
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MessageSujet: Re: Sombres pensées [Xing He]   Mer 30 Sep - 23:18

Entre les deux royaumes de Jade, la trêve perdurait et devenait de plus en plus stable et le ministre avait donc de plus en plus de travail à traiter, devant mener de front la reconstruction du royaume, sa réorganisation, ainsi que la surveillance accrue du royaume voisin pour s’assurer que celui-ci ne préparait pas une nouvelle attaque-surprise pendant qu’ils s’employaient à fortifier cette période de paix plus que précaire. Il avait encore passé une bonne partie de la journée dans son bureau, penché sur ses rouleaux de papier, à éplucher des lois des projets et encore mille autres choses aussi rébarbatives que complexes et ennuyeuses. Attrapant un des parchemins qui surplombaient une des nouvelles piles qu’on venait juste de lui apporter, et l’ouvrant pour le parcourir brièvement, il relevât le nez soudainement et tourna immédiatement la tête vers la fenêtre qui donnait sur les jardins du château. La lettre devait être visée par le roi et He devrait d’abord lui en parler avant de prendre la moindre décision. C’est en pensant à cela qu’il réalisa que ce dernier n’était même pas encore venu le voir aujourd’hui comme il le faisait habituellement chaque fin d’après-midi afin de venir s’enquérir des nouvelles de son royaume et des choix et décisions que son premier ministre lui intimait de prendre. Constatant qu’il était déjà en retard et ayant le pressentiment qu’il ne viendrait peut être pas comme il l’avait déjà fait plusieurs fois dernièrement il se leva de son bureau et décida d’aller le voir lui-même.

C’est dans les jardins, comme il s’en doutait et comme il l’avait pressenti qu’il le retrouva, assis sur un banc sous les arbres, les épaules basses et le visage fermé. Le premier ministre s’approcha doucement et vint s’assoir aux côtés de son roi. Il resta ainsi quelques instants, silencieux, songeur, écoutant les bruits sourds et le calme environnant des grands jardins qui entouraient le château, puisant courage et patience dans tous ces bruits si doux et si apaisants. Enfin, après un moment, il soupirât, inspira une grande quantité d’air, comme on prend une bouffée d’oxygène avant de plonger en apnée, il se tournât vers son seigneur et l’observât. Son regard se perdait dans le lointain et en le voyant ainsi, même l’être le plus doux et patient de Funan ne put réprimer un soupir trahissant son état d’âme, soucieux de voir son roi, son ami ainsi perdu. C’est pourtant lui qui prit la parole avant même que He n’ait le temps de le faire.

« Ne me fais pas encore la morale », soupira-t-il.

He soupira lui aussi. Que voulez-vous lui dire ? Comment peut-on reprocher à quelqu’un d’en aimer un autre? Comment peut-on empêcher le plus beau des sentiment de fleurir dans un cœur si noble, vertueux et méritant? Fut’-il dirigé entièrement vers un membre du clan adverse, un ennemi… Le premier ministre détourna le regard et releva le visage, comme pour se noyer dans le bleu du ciel qui les surplombait.

- Je ne suis pas là pour cela Zaizhuan. Je suis juste venue te rappeler qui tu es et quelle est ta position dans ce château. Tu es roi et tu n’as pas le droit d’oublier tes devoirs de souverain. Ton peuple et ton royaume n’ont pas à pâtir de tes états d’âme. Tu n’as pas le droit de les délaisser ainsi. C’est égoïste et ce n’est pas digne de toi.
Quant à Qing Yi…, je t’ai déjà dit ce que j’en pensais. À toi de faire les bons choix.
Mais prends garde à ne pas te laisser distraire par un souvenir furtif que ton esprit aura magnifié.
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MessageSujet: Re: Sombres pensées [Xing He]   Sam 3 Oct - 21:26

Lu Zaizhuan eut un léger rire. Xing He avait une façon particulière de « ne pas faire la morale ». Bien entendu, le sage Premier Ministre avait raison. Il n’avait pas le droit de dénigrer son rôle de seigneur comme il le faisait. Le peuple, l’armée, tout le monde comptait sur lui. Il devait protéger son Royaume : c’était le rôle des dirigeants de Funan. Ne pas penser à soi, se concentrer sur le devoir. Son père avait fait ça, toujours. Chacun de ses prédécesseurs avant lui l’avait fait aussi. Mais... était-ce si égoïste que de penser à autre chose ? Devait-il vraiment refouler ce qu’il éprouvait pour assurer ses fonctions ?

« C’est moi qui suis égoïste ? s’enquit-il sèchement. Je demande juste un peu de répit, c’est tout. Pourquoi devrais-je toujours faire des sacrifices ? Je ne demande à personne de se sacrifier pour moi... »

C’était vrai, non ? Il avait demandé une trêve pour soulager l’effort de guerre consenti par son peuple au cours de ces dernières années. Grâce à lui, des époux, des pères, des fils étaient rentrés chez eux. Mais au lieu de le remercier pour ce qu’il donnait, on lui en demandait plus. On lui demandait l’impossible. Oublier Qing Yi n’était pas possible. Il avait déjà essayé, bien sûr. Il avait tenté de se convaincre que ça ne servirait à rien, qu’il ne reverrait jamais le comédien et qu’il n’était de toute façon que le fruit d’un rêve sacralisé. Il avait bien tenté un million de fois, durant ces deux années, mais rien n’y avait fait. Qing Yi restait dans son esprit.
Lu Zaizhuan savait pourtant que Xing He n’avait pas tort. Son raisonnement était juste. Il avait un rôle à tenir et un poste à assumer. De plus, il y avait des personnes qui l’attendaient. Une concubine superbe qui attendait de le retrouver au creux de ses bras. Tout aurait été plus simple s’il avait choisi Leng Bing Xuan. C’était une jeune femme de Funan, offerte à lui. Elle aurait fait une reine superbe. C’était tout ce qu’attendait le peuple et la Cour. Il aurait sûrement été heureux. Il aurait eu un fils, et tout aurait été pour le mieux à Funan. Mais c’était impossible. Peu importait le nombre de fois où il se rendait près d’elle, ni les plaisirs qu’elle pouvait lui offrir : Lu Zaizhuan n’était pas heureux en compagnie de Leng Bing Xuan, et jamais il ne le serait.
Il se leva, incapable de tenir plus longtemps en place. Ces derniers temps, rien ne le calmait. Il était toujours énervé, toujours meurtri. Chaque fois que le matin le tirait de ses rêves bien plus agréables que la réalité, une rancœur sourde étreignait son âme. Le soleil le séparait toujours de Qing Yi.

« Pardonne-moi. Je ne voulais pas être si froid. Mais je ne sais plus quoi faire. Je sais que je devrais me comporter comme ce que l’on attend de moi, mais... je ne peux pas m’y résoudre. Je ne peux pas l’oublier, He. »

Il n’obtiendrait peut-être jamais satisfaction, mais il devait essayer. Il devait tenter de le revoir, lui offrir son cœur et... et après, peu importe ce qu’il advenait. Qing Yi était peut-être de Sizheng et il était peut-être un homme, mais Lu Zaizhuan ne pouvait contenir ses sentiments. Et si même son meilleur ami ne pouvait le comprendre, il ne pourrait ni respirer ni vivre tant qu’il ne saurait pas si son amour pouvait être partagé ou non.

« Je vais me rendre à Sizheng, dit-il d’une voix très lente, comme s’il réfléchissait en même temps. Je t’interdis de me suivre ou d’envoyer quelqu’un après moi. Je vais me rendre à Sizheng, et je retrouverai Qing Yi. À cet instant... j’aviserai. Je te le répète : ne me suis pas, et n’envoie personne à ma suite. »

Il se tourna vers Xing He. Il n’y avait sûrement aucune chance pour que le Premier Ministre ne suive son ordre, mais il ne fléchirait pas. Pour l’apaisement de son esprit, il devait descendre la montagne et rejoindre la plaine de Sizheng. Alors il saurait ce qu’il devait faire. Même s’il risquait sa vie, il saurait. Et tant pis si Xing He ne comprenait pas.

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MessageSujet: Re: Sombres pensées [Xing He]   Lun 12 Oct - 0:57

Après avoir fini sa diatribe, le premier ministre se tut, laissant le temps aux mots d'agir et de faire leur chemin dans l’esprit de son roi. Il savait que Zaihuan aimait son pays, et qu'il était trop droit pour le dénigrer, mais, en ce moment, d'autres choses ou plutôt, quelqu'un d'autre, occupait ses pensées, le tout était de savoir si son amour pour l'acteur d'opéra avait déjà pris le dessus sur sa raison ou pas. La réaction qu'eut le jeune seigneur surpris d’abord son premier ministre, puis alarma celui qui était aussi et surtout son ami.

« Je demande juste un peu de répit, c’est tout. Pourquoi devrais-je toujours faire des sacrifices ? Je ne demande à personne de se sacrifier pour moi... »

Le regard maintenant perdu dans le vide, fuyant, n'ayant pas envie de croiser celui de son interlocuteur, peut-être par peur d'y lire ce qu'il y redoutait tant, pensant à cette situation nouvelle qui venait s'immiscer dans leur relation. L'ami voulait apaiser et soutenir, quand le premier ministre savait qu'il faudrait tout faire pour étouffer ces flammes qui devenaient un incendie trop imprévisible et dangereux.
Un soupir lourd de sens s'échappa de la bouche du jeune homme. Répondre et donc attiser cette flamme ne ferait qu'envenimer le débat et attiser le foyer du bûché sur lequel Zaizhuan risquait de finir s’il se laissait guider par sa fougue. Pris dans ses pensées, il fut tiré de sa torpeur par le son de la voix de son ami qui avait surement dût sentir le trouble qu'il semait dans l'esprit de son camarade et s'en excusait maintenant.

« Pardonne-moi. Je ne voulais pas être si froid. Mais je ne sais plus quoi faire. Je sais que je devrais me comporter comme ce que l’on attend de moi, mais... je ne peux pas m’y résoudre. Je ne peux pas l’oublier, He. »

Le premier ministre fît un effort et, prenant sur lui, prenant également appuis sur ce lien fraternel, tissé de loyauté, de franchise et de soutien constant, invariable et mutuel qui les unissait, relevât la tête et vint rétablir le contacte visuel avec son ami, hochant la tête de façon magnanime lui signifiant qu'il ne lui en tenait pas rigueur afin qu'il retrouve immédiatement l'apaisement que demande une conversation de confiance avec un confident de toujours.

« Je vais me rendre à Sizheng, dit-il d’une voix très lente, comme s’il réfléchissait en même temps. Je t’interdis de me suivre ou d’envoyer quelqu’un après moi. Je vais me rendre à Sizheng, et je retrouverai Qing Yi. À cet instant... j’aviserai. Je te le répète : ne me suis pas, et n’envoie personne à ma suite. »

Les lèvres de Hé s'étirèrent en un petit sourire résigné, la passion et la fougue dont son ami faisait preuve ne pouvaient que révéler la véracité et l'intensité de ses sentiments. Même si lui qui avait passé toute sa vie penché au-dessus d'un livre, ne les comprenait pas, il admit juste à cet instant qu'il ne pourrait jamais aller à leur encontre et que la seule chose qu'il pouvait faire maintenant était d'aider son ami à ne pas faire quelque action trop hâtive ou trop risquée. Avec son calme et son flegme habituel, il changeât légèrement de position sur le banc, se décalant un peu afin d'être maintenant pratiquement face à son ami et baissa le ton de sa voix, parlant plus doucement afin de s'assurer que personne ne puisse les entendre et que Zaizhuan comprenne et assimile bien tout ce qu'il s'apprêtait à lui dire.

- Je vais envoyer les unités de patrouilles de la vallée surveiller un autre site cet après-midi ; mais prend garde à ne pas te faire prendre, je n'ai pas besoin de t'aviser du danger que tu cours si tu te fais prendre sur le sol ennemi, ni les dommages que cela engendrerait pour Funan.
Et quoi qu'il arrive, n'essaye pas de le ramener ici au château, cela ne ferait que vous mettre en danger de mort tout les deux, sans parler de toutes les conséquences qui en découleraient pour Funan et la trêve actuelle avec Sizheng.


Hé avait pris une expression dure et autoritaire comme il le faisait lorsqu'il parlait à un membre indiscipliné de l'armée de son roi ou à un de ses ministres un peu trop entreprenants ou audacieux. Une fois ses directives données, il se redressa puis détailla le roi de haut en bas, un sourcil relevé avant d'ajouter en se relevant pour partir :

- Et n’oublie pas de te changer. N’importe qui te reconnaitrait dans cette tenue.
Cela ne sert à rien d’être si séduisant si c’est pour finir décapité!

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MessageSujet: Re: Sombres pensées [Xing He]   Lun 26 Oct - 21:29

Zaizhuan ne s’attendait pas à ce que Xing He comprenne ses sentiments. Ils étaient différents. Si Lu Zaizhuan étaient impétueux et cachait le feu qui brûlait en lui, son Premier Ministre, lui, ne se laissait pas emporter aussi facilement par les élans de son cœur. Qui aurait prédire que deux personnes si éloignées l’une de l’autre pourraient devenir les meilleurs amis du monde ? Et pourtant, c’était bel et bien qui était arrivé. Et si Xing He était différent de Lu Zaizhuan, il n’en était pas moins le plus proche de lui : il savait toujours ce que son roi et ami désirait. Ils avaient appris à se connaître avec le temps : à présent, ils se comprenaient mieux que personne... enfin, si tant est que Zaizhuan pouvait se targuer de « comprendre » Xing He...
Néanmoins, lorsqu’il entendit les mots prononcés par son Premier Ministre, il ressentit une vague de soulagement l’envahir. Son ami ne chercherait pas à l’arrêter. Depuis quelques semaines, revoir Qing Yi était devenu une obsession. Il faisait des rêves qui n’avaient plus rien à voir avec des rêves : la nuit dernière, encore, il avait cru ce qu’il avait vu si réaliste qu’il en était venu à souhaiter ne plus jamais se réveiller. À le souhaiter pour de bon. S’il commençait à envisager les choses de cette façon, la suite s’annonçait plus grave. C’était la raison pour laquelle il devait en avoir le cœur net. Il irait voir Qing Yi, lui avouerait ses sentiments et... et la suite... Il n’avait pas encore prévu, mais il verrait bien. Tout dépendrait surtout de ce que dirait le comédien.

« Je connais les conséquences. Je ne ferai rien d’inconsidéré, promit-il. Tu sais très bien que Funan passe avant tout... comme toujours. »

Oui, il était certainement amer. Toujours penser à son Royaume, toujours penser à son peuple. Il était roi avant tout, n’est-ce pas ? Cette seule pensée le fit frémir. Un roi... pas de place pour un homme, simplement.

« Je ne le ramènerai pas, sois en sûr. Quand bien même je le voudrais, mon souhait n’est pas de le mettre en danger, et c’est ce qui arrivera si je le ramène à Funan. Non... je trouverai... autre chose. »

Il avait déjà pensé à tout ça. Sizheng ne consentirait jamais à laisser partir son trésor national dans les mains d’un homme de Funan. Quant aux gens de Funan, ils ne comprendraient jamais que leur roi veuille s’unir à un homme de Sizheng. Leur union ne ferait que provoquer une guerre, c’était certain. Même si Wang Li Mei et Yuan Liu Biu étaient raisonnables et sincères, il ne pouvait pas être certain que les choses se passeraient pour le mieux s’il n’en faisait qu’à sa tête. Et, de toute façon, il n’avait pas été éduqué ainsi.

« Personne ne saura qui je suis, une fois là-bas. Après tout, beaucoup de gens pensent que je suis un monstre borgne haut de sept pieds. »

Il sourit, persuadé néanmoins que Xing He ne trouverait aucune raison de rire à son pitoyable trait d’humour. Le Premier Ministre pensait au bien de Funan. Parfois, Zaizhuan songeait qu’il aurait aimé voir son ami vivre ce qu’il éprouvait à cet instant. Personne n’était fait pour rester seul indéfiniment. Aucune femme au monde ne pouvait-elle donc trouver grâce aux yeux du mystérieux Xing He ? Aucun homme n’avait le pouvoir de le faire plier à son désir ?
Lu Zaizhuan s’inclina devant son ami, devenant pour la première fois plus humble que son Premier Ministre. Il n’aurait peut-être pas dû naître roi, tout comme Xing He n’aurait pas dû naître si sage. Si les rôles avaient été inversés, si le Premier Ministre avait été Seigneur et le Seigneur simple Stratège, les choses auraient sûrement été différentes. Chacun aurait pu vivre avec le rang qu’il méritait. Mais... si les choses s’étaient passées ainsi, le regard de Zaizhuan ne se serait jamais posé sur Qing Yi. Jamais ils ne se seraient croisés, jamais leurs regards n’auraient été attirés l’un vers l’autre. Oui, tout aurait été différent, et sans doute pas dans le bon sens.
Il se redressa après quelques instants et sourit à Xing He. Il n’y avait aucune chance pour que tout se passe bien, mais il y avait toujours un espoir.

« Tu ne devrais pas être si sérieux, He. Peut-être que toi aussi, tu devrais chercher la personne pour laquelle tu es faite. »

Sans ajouter un mot de plus, Lu Zaizhuan quitta les jardins pour regagner sa chambre. Lorsqu’il aurait passé des vêtements moins riches et moins voyants, il partirait à la rencontre de son destin.

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