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 Mei meng

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Lu Zaizhuan
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MessageSujet: Mei meng   Jeu 1 Oct - 20:53

Quand était-il arrivé là ? Il fronça les sourcils, incapable de se rappeler comment ses pas l’avaient mené jusqu’ici. Les berges de la rivière Changmin étaient calmes et lisses, comme toujours. Le fleuve ne débordait que lorsque la mousson venait.
Debout au bord de la rivière, Lu Zaizhuan restait immobile. Cet endroit était le point où Funan et Sizheng se réunissaient. Ici, il avait toujours été convenu qu’il n’y aurait ni combat ni sang versé. L’eau dévalait les pentes de la montagne, preuve que les deux Dragons, eux, n’étaient pas en guerre. Car malgré la trêve, il n’y avait pas de paix établie entre les deux Royaumes de Jade. À tout moment, la guerre pouvait reprendre, et Lu Zaizhuan savait que rien ne pourrait changer le cours des choses. Xing He n’avait pas tort. Il devait cesser de se perdre dans des rêves qui n’avaient aucun sens. Peut-être idéalisait-il réellement la personne qu’il n’avait fait qu’entrevoir. Cinq secondes qui avaient fait basculer sa vie. Mais il fallait être réaliste : il ne reverrait jamais « Qing Yi », et même si cela arrivait, il était un homme, il était de Sizheng. Rien ne les réunirait jamais. C’était impossible.
La rivière avait une drôle de couleur, mélange de vert et de bleu. Lu Zaizhuan s’approcha de l’onde pour l’observer. Il n’avait pas la moindre idée de ce que cela signifiait, mais cela avait-il de l’importance ? Sans doute pas. Ces derniers temps, il accordait beaucoup de crédit à ce qui était insignifiant. Combien de pas la rivière mesurait-elle en largeur ? Douze, peut-être treize. Trop pour être franchie d’un bond. Il suffit de traverser pour se retrouver en territoire ennemi, ou plutôt, du côté de Sizheng. La rivière elle-même n’appartenait à personne. Un bras d’eau dans un lit de terre pour séparer deux royaumes ennemis. Il y avait des ponts de bambou construits çà et là sur la rivière. Lu Zaizhuan décida d’en chercher un. Il n’y avait pas de raison particulière à cela ; après tout, il ne pourrait pas retrouver Qing Yi, n’est-ce pas ?
Il marcha longtemps – ou pas, il ne sut pas vraiment – avant de trouver le pont qu’il cherchait. Étrange. Il ne se souvenait pas avoir jamais vu un pont tel que celui-ci. D’ordinaire, il ne s’agissait que de simple passages, sans même une rambarde, mais celui-ci était joliment travaillé, et ses deux extrémités étaient protégées par un portique gravé de dragons entremêlés. Lu Zaizhuan hésita une seconde. C’était peut-être un piège, ou un portail menant on ne savait où... des démons pouvaient-ils sortir de cet endroit, ou l’attendaient-ils de l’autre côté ? Un coup d’œil en arrière lui assura que Funan se trouvait toujours derrière lui.
Sans plus hésiter, il posa un pied sur le pont, puis le deuxième. Rien ne se produisit. Pas plus d’explosions que de ricanement de démon, et pas non plus de grognement sourd de dragon. Rien d’autre que le clapotis de l’eau sous ses pieds et la brise légère sur son visage. À cet instant, il était exactement entre Funan et Sizheng. En territoire neutre... La rivière Changmin était sacrée ; nul ne pouvait se battre sur ses berges. C’était sans doute à cet endroit qu’un traité de paix avait les meilleures chances d’être signé. Ou que l’on pouvait rencontrer un habitant du royaume ennemi sans crainte d’être attaqué.
Lu Zaizhuan sentit son cœur se serrer puis accélérer tout à coup. Ça ne pouvait pas être la réalité, non. Ce devait juste être un autre de ces rêves qu’il faisait chaque nuit. Sa main, posée sur la rambarde du pont, se crispa sur le bambou, et il déglutit avec peine. Il fallait dire quelque chose. C’était bien ce que l’on attendait des gens lorsqu’on les rencontrait, non ? Qing Yi se tenait devant lui. Si gracieux, si beau, parfait mélange d’homme et de femme. Non, Lu Zaizhuan n’avait pas idéalisé cette vision. Avec un soupir, il tendit la main vers le comédien pour l’inviter à le rejoindre.

« Qing Yi... », dit-il, incapable de prononcer d’autres mots.

Il le voyait toutes les nuits en rêve, pourquoi celui-ci serait-il différent ? Il avait besoin de le sentir près de lui. Parce qu’après tout, même si ce n’était pas réel, c’était toujours plus réconfortant que ce qui l’attendait lorsqu’il ouvrait les yeux.

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MessageSujet: Re: Mei meng   Lun 5 Oct - 22:26

Il était là. Si beau, si pur, si parfaitement identique à ses souvenirs et à ses rêves. Lu Zaizhuan frémit lorsque la main de Qing Yi se glissa dans la sienne. Elle était si fine, telle celle d’une jeune femme, et si douce. Le seigneur de Funan crut que son cœur allait exploser. Cette chaleur était bien réelle. Ce n’était pas qu’une illusion. Durant un instant, si court qu’il lui parut ne durer qu’une seconde, il put respirer le parfum de Qing Yi. Sa main libre effleura sa hanche. Ah, si seulement il avait pu le garder plus longtemps contre lui ! Mais ce ne fut qu’un bref moment de bonheur.

« Ne vous excusez pas, souffla-t-il, serrant sa main dans la sienne. Je... »

Il se tut durant un instant. Qu’avait-il songé à dire ? Il rêvait de ce moment depuis deux ans, et, mis devant le fait accompli, il ne parvenait plus à trouver ses mots. La beauté de Qing Yi était stupéfiante, plus encore vue de près. Attirant le jeune homme près de lui, Lu Zaizhuan leva doucement sa main libre pour chasser de ses longs cheveux les bruns d’herbe qui s’y étaient perdus. Faire ce simple geste était si inespéré...

« J’espérais vous tenir de cette façon depuis si longtemps... »

Il referma ses bras autour de Qing Yi, sans plus de cérémonie, sans même s’interroger un instant sur le bien-fondé de son geste. Ses doigts serrèrent le hanfu du jeune homme, se glissèrent dans ses longs cheveux. C’était si agréable de le tenir enfin contre lui. La joue appuyée contre la sienne, Lu Zaizhuan ferma les yeux, espérant que ce moment ne se terminerait jamais. Il le garda contre lui aussi longtemps que la morale le lui permit de le faire, puis il s’écarta – si peu ! Juste assez, en réalité, pour pouvoir le regarder.
Il aurait voulu dire mille choses. Il avait prévu des phrases toutes faites en pensant à cet instant, où enfin ils seraient réunis. Ça n’avait guère d’importance, si Qing Yi était un homme. Sa naissance non plus ne comptait pas. Il aurait voulu exprimer tout cela, comme il l’avait déjà imaginé tous les jours au cours de ces deux années, mais aucun mot ne parvenait à quitter ses lèvres. Quelle ironie ! Alors même que leurs chemins se croisaient enfin à nouveau, et qu’il y avait de fortes chances pour que cela n’arrive plus avant très longtemps, Zaizhuan se trouvait incapable d’avouer ce qu’il avait toujours pourtant cru si facile de dire. Qing Yi éprouvait-il les mêmes sentiments ? La question torturait Zaizhuan. Comment savoir ? Comment demander, alors même qu’un tel aveu était si honteux ?
Il ferma les yeux un court instant pour détourner le regard de ces lèvres qui l’invitaient à y poser les siennes. Son cœur battait à tout rompre. Il savait, désormais, qu’il ne s’était pas trompé : durant ces mois de solitude, à rêver à ces retrouvailles, il n’avait pas idéalisé Qing Yi. À présent, Lu Zaizhuan savait qu’il le voulait à ses côtés. Mais en serait-il de même pour le comédien ? Lu Zaizhuan était de Funan, le royaume ennemi...

« Pardonnez mon audace, mais, depuis le premier jour... je n’ai cessé de penser à vous. »

Il posa ses mains sur les joues du jeune homme. Sa peau était si douce, si pâle... La caresse de ses cheveux, laissés libre autour de son visage, sur les doigts de Zaizhuan, faisait chavirer le cœur du roi. S’il avait dû se battre, affronter mille ennemis sur le champ de bataille, ce serait pour lui, pour le protéger, et pas pour une querelle vieille de cinq cent ans. Lorsqu’il rouvrit les yeux, ce fut pour plonger son regard dans celui du comédien. Rien qu’à cela, le seigneur de Funan crut que son cœur allait bondir hors de sa poitrine.

« Je n’ai pas cessé une seule seconde de penser à vous, reprit-il à mi-voix, comme si le fait de parler tout haut risquait de briser le charme de cette rencontre. J’espérais tellement vous revoir... Si vous aviez vécu à Funan, je vous aurais retrouvé depuis si longtemps... »

Mais à être si proche de Qing Yi, Lu Zaizhuan se laissa absorber par ses grands yeux noirs. Il sut qu’il n’y aurait nul chemin de retour, après cela. Tant pis. Ce n’était pas ce qu’il voulait. Autant qu’il le pourrait, il lutterait pour que le jeune homme soit sien, et s’il devait y laisser son trône, son âme ou même sa vie, il le ferait sans la moindre hésitation. Sans même y réfléchir, sans plus rien penser, il posa ses lèvres sur celles de Qing Yi, espérant de tout son cœur que le comédien de Sizheng ne le repousserait pas.

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MessageSujet: Re: Mei meng   Mer 28 Oct - 19:53

Le baiser ne dura que trop peu de temps au goût de Zaizhuan. Alors que ses lèvres s’unissaient à celles du comédien, le seigneur de Funan sentit que toutes les souffrances éprouvées au cours de ces deux dernières années n’étaient rien en comparaison du bonheur qu’il éprouvait à cet instant. Qing Yi lui rendait son baiser. Qing Yi ne le repoussait pas, loin de là : il se blottissait contre lui, ses bras passés autour de son cou, ses mains fines posées sur ses épaules. Si la foudre avait frappé le pont à cet instant, Zaizhuan serait mort sans regrets. Tout était tel qu’il l’avait toujours imaginé. Le baiser se rompit, hélas, mais il ne relâcha pas son étreinte. À présent que Qing Yi était près de lui, il lui faudrait un tremblement de terre pour l’obliger à le lâcher. Et encore...
Les mains posées sur le bas du dos du jeune homme, Lu Zaizhuan sourit à son aveu, sentant son cœur bondir de bonheur. À cet instant, aucune question ne venait troubler son esprit. Il semblait même que tout était très clair : ses sentiments, ceux de Qing Yi, leur présence l’un près de l’autre... Peu importait leurs origines. Il ne songea pas un seul instant qu’une abîme les séparait encore. Funan et Sizheng avait conclu une trève, pas une paix : rien n’était signé et rien n’était définitif. À tout moment, les hostilités pouvaient reprendre et la guerre embraser à nouveau les berges du Changmin, mais... Rien de tout cela ne comptait. Zaizhuan avait oublié qu’il était de Funan et que Qing Yi, originaire de Sizheng, aurait dû être son ennemi. Il ne pensa pas non plus à lui offrir de le rejoindre à Funan ni à proposer de le suivre à Sizheng. Rien n’avait d’importance, en dehors de ce moment qu’ils partageaient.
Il posa ses mains sur les joues du jeune homme et, souriant toujours, embrassa à nouveau ses lèvres. Ah, si Xing He avait pu être là, comprendre ce qu’il ressentait ! S’il avait pu voir le bonheur qui se lisait sur le visage de son seigneur ! Il aurait enfin compris l’amour qu’il portait à Qing Yi... Il aurait enfin accepté.

« Je voudrais que nous ne soyons plus jamais séparés, mon bien-aimé, souffla-t-il, le regard plongé dans celui de Qing Yi. Peu m’importe mon rang et mon devoir : c’est auprès de vous que je veux être, pour toujours. »

Il n’avait jamais dit de tels mots à personne, et pourtant ils lui paraissaient étonnamment faciles à prononcer. Il n’était pas d’un naturel loquace, en temps normal. Il se renfermait beaucoup sur lui-même, se confiait peu, et lorsqu’il devait confier ses sentiments, ce n’était pas de gaieté de cœur qu’il le faisait. Mais c’était différent avec Qing Yi. Tout lui semblait si naturel...
Un léger picotement dans la nuque le força à se retourner, mais il ne vit qu’un brouillard, enveloppant les montagnes de Funan. Zaizhuan passa sa main dans son cou pour chasser la désagréable sensation qu’il avait eue. Ce n’était pas le moment de se laisser importuner par un souffle d’air. Il était auprès de Qing Yi. C’était sur cela qu’il devait se concentrer. Mais les choses ne se passent jamais comme on le souhaiterait... Zaizhuan aurait pu passer l’éternité sur ce pont, sans se poser la moindre question, mais le moment n’était pas encore venu pour Qing Yi et lui de vivre l’amour pour lequel ils se consumaient depuis si longtemps. De nouveau, le picotement dans la nuque reprit Zaizhuan, qui se retourna à nouveau, incommodé. Que se passait-il ? Pourquoi... Pourquoi sa main commençait-elle à disparaître, tout à coup ? Surpris, il regarda ses doigts, qui peu à peu s’effaçaient sous ses yeux.

« Non... Je ne veux pas me réveiller. »

Il serra le comédien contre lui, désespéré à cette idée. Tout était clair, oui. Ce n’était pas la réalité, mais un autre de ces rêves merveilleux qu’il avait si souvent fait. Il y avait cru car tout avait été réaliste, bien plus crédible que tous les autres rêves qu’il avait fait. Quelque part, au loin, il entendit une voix qui lui était familière. On tentait de le réveiller. Il ne fallait pas se laisser attirer par le monde réel. Il voulait rester là, sur ce pont, près de Qing Yi.

« Je vous aime, avoua-t-il alors qu’il sentait sa volonté fléchir. Je vous retrouverai, je vous le promets. Mon nom est Zai... »

Mais il n’eut jamais le loisir de terminer sa phrase. Qing Yi fut enveloppé dans le brouillard, le pont tout entier disparut, et Lu Zaizhuan se sentit s’éveiller. Tout était déjà terminé. Et comme chaque fois qu’on le tirait d’un rêve si précieux, la détresse étreignit son cœur et il serra ses poings contre ses yeux, priant pour repartir d’où il venait et ne plus jamais en être arraché.

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